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USA: Romney ou le pouvoir croissant des vidéos «virales» sur Internet

20/09/2012 02:00 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

NEW YORK, États-Unis - Les vidéos amateurs créent l'événement dans la présidentielle aux États-Unis et pourraient avoir au moins autant d'impact sur l'opinion des électeurs que les campagnes de publicité officielles à plusieurs millions de dollars.

L'affaire des «47 pour cent» de Mitt Romney est à ce titre exemplaire: dans une vidéo rendue publique lundi par le magazine «Mother Jones», le candidat républicain, qui ignore qu'il est filmé, évoque apparemment avec mépris une quasi-moitié des Américains qui dépendraient de l'État-providence et seraient acquis à Barack Obama.

Un porte-parole du magazine a déclaré que la vidéo, dont l'auteur reste anonyme, avait déjà été vue cinq millions de fois sur le site Web mercredi soir, plus trois autres millions sur YouTube.

Dans une campagne présidentielle marquée par un fort investissement dans les spots télévisés — Obama, Romney et leurs alliés devraient y consacrer près de 1,1 milliard $ US cette année — l'impact de cette vidéo a été frappant.

Alors que les deux camps rivalisaient de publicités de qualité pour tenter de capter les précieux électeurs indécis des quelques États pouvant faire basculer l'élection, l'enregistrement amateur de piètre qualité aura fait plus pour influencer le débat politique que n'importe quelle campagne publicitaire.

Bien sûr, les spots publicitaires garderont leur importance dans la communication de campagne, mais les candidats ne pourront plus ignorer la prolifération de téléphones intelligents équipés de caméras et d'amateurs désireux de saisir les candidats sans fard et dans des situations révélatrices.

«C'est la démocratisation de l'information. Une seule vidéo peut inverser la tendance face à des campagnes publicitaires à plusieurs millions de dollars», estime Darrell West, directeur du Centre d'innovation technologique de l'institution de Brookings à Washington. «Internet est devenu le grand égalisateur — les vidéos deviennent 'virales' et sont vues par des millions de personnes gratuitement», poursuit-il. Une puissance et une immédiateté difficiles à parer.

Barack Obama s'était fait surprendre en 2008 lors d'une activité de financement à San Francisco, parlant des électeurs des petites villes comme de gens «amers, (...) accrochés à leurs armes, à la religion ou à leur antipathie pour les gens qui ne leur ressemblent pas». Cette remarque enregistrée par un donateur également journaliste amateur pour le site du Huffington Post avait renforcé le scepticisme de beaucoup de Blancs de la classe moyenne envers Obama, et les sondages montrent qu'ils n'ont pas changé d'opinion depuis.

Les Républicains ont tenté de riposter à la vidéo cachée des 47 pour cent de Mitt Romney en exhumant un enregistrant d'Obama datant de 1998 dans lequel le futur président, alors sénateur de l'Illinois, semblait approuver la redistribution des revenus «jusqu'à un certain niveau, pour être sûr que chacun ait une chance». Le sortant «croit vraiment dans ce que j'appellerai une société centrée sur le gouvernement», a lancé M. Romney mercredi, opposant la redistribution à l'enrichissement individuel.

Mais cela suffira-t-il à contrebalancer l'effet de la vidéo, qui semble appuyer les attaques du camp démocrate présentant le candidat républicain comme un multi-millionnaire ignorant des problèmes de la classe moyenne?

Certains observateurs de la politique estiment que l'émergence des «vidéos virales» risque de rendre les campagnes encore plus encadrées et de signer la fin de toute spontanéité des hommes politiques, qui redouteront d'être enregistrés ou filmés à leur insu.

Pour Rodell Mollineau, président du groupe de soutien à Barack Obama «American Bridge», les candidats qui ne changent pas leur discours en fonction du public n'ont rien à craindre des enregistrements clandestins. L'organisation traque les candidats républicains avec des caméras pour révéler leur éventuel duplicité. «Les politiciens essaieront quand même de dire une chose à ces gens-ci et une autre à ces gens-là, mais ça ne fonctionnera plus», assure-t-il.

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