NOUVELLES

USA: embrassades et contacts physiques deviennent un argument de campagne

20/09/2012 11:13 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

WASHINGTON - Obama soulevé par un pizzaïolo en Floride, Joe Biden prenant quasiment une motarde sur ses genoux dans l'Ohio, Paul Ryan embrassant un supporter en Caroline du Nord... Les candidats à la présidentielle américaine sortent l'atout physique pour attirer la sympathie des électeurs. Même le très réservé Mitt Romney semble s'y mettre.

Les baisers sur le front des bébés et les tapes dans le dos sont totalement dépassés: en 2012, les candidats veulent tâter de la chair. «L'Amérique est devenue très tactile, analyse Lilian Glass, experte du langage corporel à Los Angeles. C'est ce que les Américains attendent de leur candidat, et c'est ce qu'ils obtiennent.»

Les photos des contacts physiques des candidats font le tour du monde. Un «buzz» garanti. Ainsi, la photo de Barack Obama soulevé dans les airs par le propriétaire d'une pizzeria en Floride a été analysée sous toutes les coutures.

Le dimanche 9 septembre, le président des États-Unis en campagne en bus en Floride fait un arrêt improvisé dans la ville de Fort Piece. Il admire la musculature du propriétaire de la pizzéria, Scott Van Duzer, 1m90, lequel s'empresse de soulever le président dans les airs pour montrer sa force.

Bien qu'inscrit sur les registres républicains, Scott Van Duzer dit avoir voté Obama en 2008 et qu'il le refera le 6 novembre prochain. «Je me sens extrêmement à l'aise avec lui», explique-t-il.

C'est justement le but de la manoeuvre: privilégier la proximité physique pour amener les électeurs à se sentir bien avec leur candidat. Les candidats «veulent qu'on les aime pour eux-mêmes», explique Lilian Glass. «On aime l'authenticité chez les hommes politiques, on aime cette chaleur humaine et on aime quelqu'un à qui on peut s'identifier», poursuit-elle.

Juste après son discours à la Convention nationale du Parti démocrate en 2000, Al Gore se laisse aller à un long baiser avec sa femme: cet élan d'affection a changé son image auprès de certains.

Récemment, le candidat républicain Mitt Romney est apparu plus spontané dans ses interactions avec les électeurs, analyse Gerald Shuster, professeur de communication politique à l'Université de Pittsburgh. «C'est ce qu'il doit faire: se débarrasser de son image d'homme froid et distant en public», estime-t-il.

Le co-listier de Mitt Romney, Paul Ryan, est, lui, d'un naturel beaucoup tactile. Ainsi n'hésite-t-il pas à serrer des mains, faire des «high fives» et prendre brièvement les gens dans ses bras en arrivant.

Barack Obama ne se fait pas prier pour aller vers le public non plus. En juillet dernier, il commence un discours à Palm Beach, en Floride, en remarquant qu'il vient de recevoir «plus de bises (qu'il) n'en (a) jamais eues de toute la campagne».

Et lorsqu'un téléphone sonne dans la foule, Obama suppose qu'il s'agit de sa femme, Michelle. «Elle a dû entendre toutes ces femmes qui m'ont embrassé. Elle s'inquiète, elle se sent un peu jalouse», plaisante-t-il.

Les barrières entre candidats et public se sont renforcées depuis l'assassinat de John F. Kennedy et les tentatives de meurtre contre les présidents Gerald Ford et Ronald Reagan.

Irrité par ces mesures, le président Bill Clinton arrivait néanmoins à garder un contact physique avec les gens. Mais pour le professeur Shuster, beaucoup de candidats se contentent très bien de ces restrictions car ils n'ont pas forcément envie de discuter avec tout le monde. «J'ai sincèrement l'impression qu'ils apprécient le fait que les services secrets ne leur permettent pas de le faire», confie Gerald Shuster.

Les services secrets sont constamment présents aux côtés des candidats, surveillant les faits et gestes des personnes qui les entourent.

Dans le cas du pizzaiolo qui avait soulevé Obama, les services secrets lui ont dit que c'était «acceptable, tant qu'il ne l'emportait pas avec lui», a confié Scott Van Duzer. Les agents auraient jugé que ce «comportement était approprié et cohérent avec l'événement», selon lui.

Pour la spécialiste du langage corporel, Lilian Glass, la réaction d'Obama était «un peu exagérée» pour que cette expérience lui ait vraiment plu. Quant à Joe Biden, dit-elle, «il veut tellement se faire aimer qu'il se comporte comme un chiot et en fait trop».

PLUS:pc