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Les coptes redoutent les conséquences du film islamophobe

20/09/2012 12:58 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

LOS ANGELES, États-Unis - Le film islamophobe qui enflamme le monde arabo-musulman s'ouvre sur la mise à sac d'un hôpital chrétien par des musulmans, dont l'un crie: «Mettez-le feu! Brûlons ces maudits chrétiens!» Cette scène grossière réveille des blessures chez certains coptes persécutés par les islamistes, mais d'autres s'inquiètent pour leurs frères restés en Égypte.

L'extrait de 14 minutes d'«Innocence of Muslims» («Innocence des musulmans») diffusé sur YouTube a déclenché des manifestations violentes, souvent à l'appel d'extrémistes, en présentant Mahomet, le prophète de l'islam, comme un coureur de jupons, un imposteur et un pédophile.

La majorité des coptes américains d'origine égyptienne ont vivement condamné ce film. Pour eux, l'auteur présumé et les organisations qui l'ont aidé n'ont rien à voir avec l'Église orthodoxe copte, qui représente la plupart des 300 000 chrétiens coptes aux États-Unis.

Une infime minorité de coptes américains usent pourtant de la liberté d'expression particulièrement protégée aux États-Unis pour dénigrer l'islam, chose qui leur serait impossible dans leur pays d'origine, l'Égypte.

Selon Eliot Dickinson, professeur associé de science politique à la Western Oregon University et auteur d'un livre sur les coptes américains, les quelques coptes du mouvement évangélique antimusulman, y compris ceux à l'origine de ce film, sont marqués par leur histoire douloureuse.

«Peu importe qui a réalisé ce film. Une chose est sûre, c'est l'oeuvre d'une petite minorité. Ils ne sont absolument pas représentatifs de la communauté copte», insiste Eliot Dickinson. «Le problème est qu'ils tirent parti de la frustration de cette population, persécutée en Égypte. Être copte en Égypte, c'est très difficile, vraiment, particulièrement après le printemps arabe. Là-bas, la chasse est ouverte», estime-t-il.

L'Égypte est désormais dirigée par des islamistes, après le soulèvement populaire qui a mis fin à 29 ans de régime autoritaire d'Hosni Moubarak en février 2011.

Les autorités fédérales américaines ont désigné un copte d'origine égyptienne, Nakoula Basseley Nakoula, comme le principal responsable d'«Innocence of Muslims», même s'il n'a reconnu publiquement que sa participation à l'organisation et la logistique. Condamné par le passé pour des affaires de drogue et d'escroquerie, cet homme de 55 ans a quitté son appartement de la banlieue de Los Angeles et vit caché.

«Media for Christ» a été identifié comme la société de production du film, dont la plus grande partie a été tournée dans ses locaux. Son président, Joseph Abdelmasih, est un militant islamophobe assumé qui se cache également. Quant à Steve Klein, qui se présente comme consultant et promoteur du film, il s'agit d'un agent d'assurance qui consacre à sa vie à mettre le monde en garde contre l'extrémisme musulman.

Nakoula et Abdelmasih seraient des disciples du prêtre copte américain Zakaria Botros Henein, qui ne semble pas être lié au film mais a été surnommé l'ennemi public numéro Un des musulmans pour ses prêches contre l'islam. Il a quitté le diocèse orthodoxe copte de Los Angeles il y a dix ans.

La bande-annonce d'«Innocence of Muslims» a été diffusée dans un contexte devenu encore plus incertain pour les quelques huit millions de chrétiens qui vivent en Égypte, depuis l'arrivée au pouvoir des Frères musulmans.

De nombreux coptes qui ont émigré aux États-Unis et autres pays occidentaux à la fin des années 1960 et 70 s'inquiètent pour la sécurité de leurs proches restés en Égypte.

Selon un sondage publié en début d'année par l'université George Washington, 92 pour cent des coptes américains ont envoyé de l'argent en Égypte ces trois dernières années, pour un montant moyen de 5000 $ US par personne, souligne Nermien Riad, un chercheur et directeur exécutif de l'association caritative des Orphelins coptes, basée en Virginie (est).

Le lien reste donc fort avec la communauté copte égyptienne, régulièrement victime de violences. Un attentat contre une église copte d'Alexandrie avait ainsi fait 21 morts l'année dernière lors de la messe du Nouvel An. En 2010, six chrétiens et un garde musulman avaient été abattus lors de la messe de Noël, dans le sud de l'Égypte.

Les représentants coptes ont très vite pris leurs distances avec le film, expliquant qu'il ne reflétait aucunement leur sentiment envers le monde musulman. «Nous n'avons jamais agi de la sorte, pour la simple et bonne raison que cela ne répond pas à la morale chrétienne. Nous n'allons pas abandonner nos principes et rendre la haine pour la haine», a déclaré le père Joseph Boules, de l'église orthodoxe copte Sainte Marie et Sainte Verena.

La plupart des coptes craignent ainsi qu'«Innocence of Muslims», au même titre que les provocations du pasteur Terry Jones menaçant de brûler des exemplaires du Coran ou la publication de caricatures de Mahomet, n'aggrave la situation de leurs frères vivant en Égypte. «Il y a toujours des gens pour jeter de l'huile sur le feu», déplore le père Boules.

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