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Anaïs Barbeau-Lavalette veut humaniser un conflit «rébarbatif» avec «Inch'Allah»

20/09/2012 01:49 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST
Agence QMI

MONTRÉAL - Lorsque la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette a approché Luc Déry et Kim McCraw avec son idée de long métrage, les producteurs de la boîte micro_scope ont hésité.

L'écriture du film «Incendies», un projet monumental, était presque achevée, et le duo percevait déjà la complexité d'aller tourner le film de Denis Villeneuve au Proche-Orient.

Alors quand ils ont vu Anaïs Barbeau-Lavalette débarquer avec son projet «Inch'Allah», l'histoire d'une obstétricienne québécoise qui pratique dans une clinique de fortune d'un camp de réfugiés palestiniens, ils ont dû prendre le temps d'y réfléchir.

«Mais après, on a lu son traitement d'une quinzaine de pages, qui était déjà très précis, et elle nous a fait un beau 'pitch'. Alors on s'est retroussé les manches», se souvient Kim McCraw.

«C'était frappant, il y avait déjà des points forts, des éléments très cinématographiques, et c'est rare à cette étape-là», renchérit Luc Déry.

Les deux producteurs s'étaient toutefois bien gardés de fermer catégoriquement la porte — tant et si bien qu'Anaïs Barbeau-Lavalette a été mise au courant de leurs tergiversations seulement par la suite.

«Moi, j'ai su cette histoire-là après. Ils m'ont finalement dit que la force de l'histoire et la façon dont je parlais de ce film-là les avait convaincus. Tant mieux!», a confié la principale intéressée lors de la journée de promotion d'«Inch'Allah».

Les défis rattachés à cette production dotée d'un budget de 5,8 millions $ étaient colossaux. Il fallait notamment recréer un mur de séparation de 350 mètres de longueur par huit mètres de hauteur — que l'on aurait ensuite à déplacer —, organiser les tournages dans les camps de réfugiés en Jordanie et recruter des dizaines de figurants dans ces endroits où échouent les populations déplacées.

Pour avoir voyagé, étudié, demeuré et tourné des documentaires dans la région du monde où elle souhaitait camper son histoire, Anaïs Barbeau-Lavalette partait tout de même avec une longueur d'avance. Elle connaissait aussi déjà l'ambiance qui règne dans cette zone, où sévit un conflit qu'aucune feuille de route n'a encore réussi à régler.

«Il y a quelque chose de très troublant, de très magnifique qui m'attire dans cette zone-là; c'est de voir à quel point la vie côtoie la mort, le beau côtoie le laid, le lumineux côtoie le dur... J'avais envie de faire quelque chose avec ça», explique-t-elle.

L'objectif de ce deuxième long métrage de fiction (après «Le ring», en 2007) était de donner un visage humain au conflit israélo-palestinien et non de faire un film de nature politique, précise la réalisatrice.

«J'ai voulu, j'ai tenu et j'ai travaillé à ne pas avoir de position. Je ne voulais pas faire un film politique parce que je ne pense pas que c'est ça qui nous rapproche des êtres humains», plaide la cinéaste, qui doit donner naissance à son deuxième garçon dans les prochaines semaines.

«Ce n'est pas une prise de position politique qui nous aurait rapprochés du conflit, et mon but ultime, c'était d'humaniser quelque chose qui nous semble a priori monstrueux et un peu rébarbatif, au sens où ça ne nous appartient pas ou que c'est trop complexe.»

Le personnage principal de son film, l'obstétricienne Chloé (Évelyne Brochu), se liera d'amitié avec Ava (Sivan Levy), une soldate israélienne, et avec l'une de ses patientes palestiniennes, Rand (Sabrina Ouazani), dont le frère tapisse les murs de son commerce de photos de martyrs.

C'est du côté palestinien que Chloé sera frappée de plein fouet par la réalité de la guerre, un sentiment cristallisé par un événement traumatisant qui surviendra au pied du mur de séparation et dont elle sera témoin.

«Je pense qu'il y a une brèche qui est faite à ce moment-là et que cette brèche-là, elle n'arrivera pas à la cicatriser et elle va juste continuer à s'agrandir jusqu'à la fin, jusqu'à ce qu'elle se fasse complètement avaler par la réalité. Et tranquillement, elle devient elle-même un champ de bataille», suggère la réalisatrice.

C'est la comédienne Évelyne Brochu qui avait la lourde commande de porter sur ses épaules, pour une toute première fois, un long métrage.

Elle a approché son personnage de médecin avec beaucoup d'humilité et avec le désir profond de «comprendre l'âme» de cette Québécoise qui a décidé de plier bagages pour aller pratiquer dans les Territoires palestiniens.

«Ce que j'ai vécu de plus proche de ça, c'était des voyages en Haïti, mais encore là, je n'étais pas toute seule, raconte-t-elle. Je suis allée deux fois pendant un mois; la première fois, on a contribué à la construction d'une bibliothèque, et la deuxième fois, on a distribué des effets scolaires et aidé dans une école.»

N'étant toutefois jamais partie à l'aventure seule, l'actrice a dit s'être «imprégnée» de l'expérience de sa réalisatrice et «essayé d'être une éponge par rapport à ce qu'elle (Anaïs Barbeau-Lavalette) a vécu».

Chose certaine, elle est ressortie grandie de cette intense expérience, qui l'a nourrie autant sur le plan personnel que sur le plan professionnel.

«Jeanne Moreau dit toujours que faire un film, c'est comme faire un voyage et qu'on n'en revient jamais le même. Moi, en plus de faire un film, j'ai fait un voyage, alors c'est comme un double voyage. J'ai encore plein d'images de ce qu'on a vécu, autant humainement qu'artistiquement», avait-elle affirmé en janvier, fraîchement débarquée de Jordanie.

Le grand public pourra découvrir «Inch'Allah» à compter du 28 septembre. Le long métrage devrait sortir dans une vingtaine de salles à travers la province.

Les festivaliers de la Vieille-Capitale auront toutefois droit à la toute première projection publique en sol québécois, car «Inch'Allah» clôturera le Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ) le 22 septembre.