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Commission Charbonneau: la mafia est en veston-cravate, dit un policier

20/09/2012 10:44 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

MONTRÉAL - Oubliez les hommes aux cheveux gominés qui fument le cigare dans un sous-sol. La mafia d'aujourd'hui a pris une allure légale, s'est incarnée dans des comptables, des banquiers, des hommes d'affaires, a témoigné jeudi devant la Commission Charbonneau un détective expert de la police régionale de York, en Ontario.

Le détective Mike Amato, qui compte 25 ans d'expérience, a relaté comment la mafia en Ontario peut s'infiltrer partout: dans la construction, l'excavation, le camionnage, les boulangeries, les centres de jardinage, bref toutes les entreprises où il est possible de faire de l'argent et d'en blanchir.

«Beaucoup de gens pensent que ce sont de vieux messieurs qui fument le cigare et jouent aux cartes ans un café. Ce n'est plus la mafia moderne. La mafia moderne agit comme des gens d'affaires, qui portent des complets-cravates, qui exploitent leurs entreprises de jour, de 9 à 5. Ils ont des réunions d'affaires au restaurant. Ils ne discutent plus dans l'ombre, mais au grand jour, parmi nous. La nouvelle mafia, aujourd'hui, est partout autour de nous», a témoigné le policier ontarien.

«Ils sont dans le camionnage, l'excavation, la construction de maisons. Ils sont diversifiés. Ils sont dans n'importe quelle entreprise où ils pourront faire de l'argent, blanchir de l'argent», a-t-il ajouté.

Et ces nouvelles générations de la mafia vont même jusqu'à agir de façon à s'attirer la sympathie du public. Des membres seront ainsi entraîneurs de soccer le soir, feront des dons de charité, contribueront au financement de la construction d'écoles ou de centres communautaires, a rapporté le policier.

Le but est maintenant d'éviter la violence, afin de passer sous le radar et de ne pas attirer l'attention policière.

C'est ainsi que la mafia a infiltré l'économie légale, a-t-il expliqué, pour blanchir les sommes astronomiques dont elle dispose grâce aux activités criminelles telles que la contrefaçon, la fraude par carte de crédit, le jeu illégal, le trafic de drogue, etc.

Et la corruption publique fait maintenant partie des activités de la mafia, a affirmé le détective Amato. «Quand vous regardez la Cosa Nostra (sicilienne) et la Ndrangheta (calabraise), si vous acceptez que ça existe, vous devez accepter que la corruption publique existe. Si vous n'avez pas de corruption publique, ça ne peut pas exister», a-t-il lancé.

Selon M. Amato, il y a des liens entre les membres de la mafia du Québec et de l'Ontario, bien que les membres aient tendance à se partager les territoires. Certains voyagent d'une province à l'autre, notamment pour régler des différends.

La CAQ seulement intervenant

En après-midi, la Commission a entendu la requête de l'avocat de la Coalition avenir Québec pour que le parti soit reconnu comme participant. Ce statut permet d'avoir son propre avocat qui contre-interroge les témoins, ce qui n'est pas le cas pour le statut d'intervenant.

Me Jean-Pierre Bélisle a plaidé le fait que sans les requêtes répétées de la députée alors adéquiste Sylvie Roy, il n'y aurait pas eu de commission d'enquête sur l'industrie de la construction. Et il a aussi rappelé le fait que l'ancien chef de l'Unité anticollusion Jacques Duchesneau, qui a déjà témoigné devant la commission, est devenu député de la Coalition avenir Québec, le 4 septembre dernier.

La présidente de la commission, France Charbonneau, et le commissaire Renaud Lachance ont refusé d'accorder à la CAQ un statut de participant, mais lui ont accordé un statut d'intervenant.

La CAQ devra donc se borner à recommander des questions aux procureurs de la commission, et ce sont eux qui jugeront de leur pertinence.

Les autres parties déjà reconnues comme intervenants sont le Barreau du Québec, le Directeur général des élections, l'Ordre des ingénieurs, l'Union des municipalités, le Directeur des poursuites criminelles et pénales ainsi que Québec solidaire.

La juge Charbonneau a rappelé que si le Parti québécois, lui, avait obtenu le statut de participant, c'est parce qu'il a dirigé le gouvernement du Québec pendant plusieurs années couvertes par le mandat de la commission, soit de 1996 à 2003. La CAQ, elle, n'a jamais dirigé le gouvernement et son intérêt est donc similaire à celui de Québec solidaire, un parti d'opposition qui n'est qu'intervenant, a souligné la juge Charbonneau.

Les travaux de la commission reprendront lundi.

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