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Chez les Français de Tunis, la colère contre Charlie Hebdo

20/09/2012 10:38 EDT | Actualisé 20/11/2012 05:12 EST

Des Français de Tunisie craignent certes d'éventuels débordements vendredi, jour de prière, mais c'est la colère contre Charlie Hebdo qui domine après la publication de nouvelles caricatures de Mahomet.

Gildas Léard, boucher à La Marsa, une banlieue huppée au nord de Tunis, est furieux: "Ils veulent mettre le feu! C'est gratuit, c'est fait juste pour vendre du papier et ça met la sécurité des Européens en danger".

"Que Charb (dessinateur et directeur du journal, ndlr) vienne ici vendredi! Si quelqu'un cassait ma boutique, c'est lui qui payera?", martèle le boucher, tout en disant ne pas craindre la venue de vandales.

M. Léard a créé une page Facebook pour appeler l'hebdomadaire à ne pas tirer de nouveaux exemplaires du numéro de cette semaine, et avec un millier d'autres expatriés, il a signé une pétition en ligne appelant à des poursuites pour incitation à la haine raciale contre la publication.

S'il ne pense pas que les affrontements meurtriers du 14 septembre devant l'ambassade des Etats-Unis vont se reproduire, il se dit très inquiet pour tous les Français du monde arabe. Et la situation n'arrange pas ses affaires: "Vendredi, je vais ouvrir pour vendre deux escalopes", regrette-t-il.

Une Française, mère de famille qui préfère ne pas être nommée, redoute des représailles, d'autant qu'elle tient un commerce à Tunis. "C'est facile de crier à la liberté d'expression depuis des bureaux à Paris, mais c'est nos enfants qui vivent et vont à l'école ici", lance-t-elle.

"Je n'ai pas peur d'être en Tunisie", assure en revanche Florence Sachot, une autre résidente de La Marsa qui dirige une entreprise en Tunisie.

"Je ne suis pas contre ce magazine, mais le moment était très mal choisi (pour publier les caricatures). C'est du marketing", regrette cette mère de deux enfants installée dans le pays depuis cinq ans. "Malheureusement ça a pris de l'ampleur, ce qui a créé un petit climat d'insécurité", relève-t-elle.

L'ambassade de France n'a pas voulu prendre de risques, alors que 30.000 Français vivent en Tunisie et que ses écoles accueillent quelque 6.000 élèves: tous les établissements scolaires français sont fermés depuis mercredi et jusqu'à lundi, et la représentation diplomatique restera close vendredi.

Devant l'ambassade, un important dispositif de sécurité a été déployé: des barbelés bloquent l'accès au trottoir, des blindés et des camions de l'armée sont en faction, ainsi que des dizaines de policiers et militaires.

Pour la communauté franco-tunisienne, la stupéfaction domine encore face au gouvernement contrôlé par les islamistes et accusé de laxisme envers les salafistes jihadistes responsables présumés de l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis et de la mise à sac l'école américaine.

Les mesures de sécurité françaises "ne sont actuellement pas exagérées, les salafistes ne sont pas du tout sous contrôle" depuis l'arrivée des islamistes d'Ennahda au pouvoir en octobre, relève l'enseignante et blogueuse Noura Bensaad.

"C'est un avertissement du gouvernement français au gouvernement tunisien: vous ne contrôlez pas la situation", juge-t-elle, ajoutant: "Ce qui m'inquiète (...), c'est la passivité de la police".

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé jeudi interdire toute manifestation vendredi, indiquant disposer d'informations sur la préparation "de violences" pour protester contre la publication des caricatures.

Le gouvernement n'a donné aucune information concernant l'enquête sur les violences anti-américaines du 14 septembre, mais les autorités ont annoncé avoir renoncé à arrêter un important chef salafiste de peur de provoquer de nouvelles violences.

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