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USA: le condamné à mort Reggie Clemons raconte des brutalités policières

19/09/2012 02:08 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

Reggie Clemons, un Noir qui a passé 19 ans dans le couloir de la mort pour le meurtre de deux jeunes filles blanches qu'il nie avoir commis, a raconté mercredi devant un juge les brutalités policières qu'il dit avoir subies pour obtenir des aveux, selon une source judiciaire.

Au deuxième jour d'une audience exceptionnelle devant un juge du Missouri (centre), le condamné, 41 ans, vêtu d'un costume et d'une cravate grise, a rapporté que, lors de la lecture de l'acte d'accusation, en 1991, le juge s'était aperçu de traces de coups et avait ordonné qu'il soit examiné à l'hôpital, a indiqué à l'AFP Laura Moye, directrice d'Amnesty International-USA.

Ses avocats plaident que c'est sous la contrainte policière que Reggie Clemons avait avoué le viol d'une des victimes, avant de se rétracter.

"Le seul moment où ils ont arrêté de me frapper c'est quand j'ai accepté de faire une déclaration enregistrée", a déclaré Clemons à l'audience, selon le quotidien local de Saint-Louis, STLToday.com.

"Ses avocats l'ont interrogé sur la brutalité présumée lors de son interrogatoire la première nuit", a rapporté à l'AFP Matt Murphy, porte-parole du tribunal. "L'accusation a ensuite présenté une confession enregistrée de 20 minutes sur ce qui s'est passé cette nuit-là", a-t-il ajouté.

On l'entend donner "tous les détails" de la soirée et avouer le viol d'une des victimes, en répondant "à un policier très gentil avec lui", a indiqué Laura Moye.

Clemons, condamné à mort en 1993 pour le meurtre de deux soeurs de 19 et 20 ans noyées dans le Mississippi deux ans plus tôt, a dit avoir été giflé, battu à l'arrière de la tête, puis la tête frappée contre un mur lors de cette confession. Mais il a ajouté que les policiers faisaient en sorte de ne laisser aucune trace, selon le récit d'Amnesty International.

Pour le bureau du procureur, Sue Boresi a démenti ces brutalités, déclarant que le témoignage de Clemons avait changé sur le nombre de fois qu'il dit avoir été battu. "Quand je me faisais frapper, je ne comptais pas", a rétorqué Clemons, selon la presse locale.

Clemons a également confié au juge avoir été arrêté sans mandat, avoir demandé un avocat, avoir voulu passer un coup de téléphone mais que cela lui avait été refusé. Il était "épuisé, n'avait pas mangé, il souffrait d'asthme et ne pouvait plus respirer", a encore dit Laura Moye.

Lors de cette audience, le condamné a également invoqué le 5e amendement de la Constitution sur les droits de la défense, pour refuser de répondre aux questions relatives aux faits.

A l'audience de lundi, la défense s'était attachée à montrer que les poursuites ont été conduites à l'époque par un procureur agressif qui a dissimulé certains éléments à la défense et au jury. Elle a indiqué que le rapport de police avait été modifié entre la première confession du témoin clé et la version présentée au jury et qu'elle n'en avait eu connaissance que 17 ans après le procès.

L'audience avait été suspendue pour la journée de mardi.

A l'issue de trois à cinq jours d'audience, le juge Michael Manners doit rendre un rapport à la Cour suprême du Missouri, qui décidera du sort de Reggie Clemons. Le condamné pourra alors voir sa peine commuée en réclusion à perpétuité ou obtenir un nouveau procès.

Les organisations de défense des droits de l'homme voient dans cette affaire de nombreuses similarités avec celle de Troy Davis, ce Noir exécuté il y a près d'un an en Géorgie, pour le meurtre d'un policier blanc, en dépit de nombreux doutes sur sa culpabilité.

chv/bdx

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