NOUVELLES

Un papyrus selon lequel Jésus était marié suscite la méfiance des spécialistes

19/09/2012 12:03 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

ROME - Un expert de l'université Laval, à Québec, compte parmi ceux qui remettaient en question, mercredi, l'authenticité d'un fragment de papyrus du IVe siècle affirmant que Jésus était marié.

La découverte a été annoncée mardi soir par Karen King, une spécialiste des premiers chrétiens et professe à la Divinity School de l'université Harvard aux États-Unis, lors d'un congrès international d'études coptes à Rome.

Le morceau de texte écrit en copte et probablement traduit d'un texte grec du IIe siècle mesure 4 centimètres sur 8 centimètres. Dans un dialogue, Jésus fait référence à «mon épouse», qu'il appelle Marie.

Wolf-Peter Funk, de l'université Laval, explique qu'il est impossible d'évaluer l'importance du fragment puisqu'il est dénué de tout contexte.

«Il y a des milliers de fragments de papyrus sur lesquels on retrouve des choses absurdes, a-t-il dit. Ça peut être n'importe quoi.»

Stephen Emmel, professeur de coptologie à l'université de Münster en Allemagne, estime que les citations sont exactes mais s'interroge sur l'authenticité du document. «Il y a quelque chose dans l'apparence de ce fragment et la grammaire du copte qui me frappe comme n'étant pas complètement convaincant, pour une raison ou pour une autre», a-t-il déclaré en marge de la conférence.

Un autre participant, Alin Suciu, papyrologue à l'université de Hambourg en Allemagne, prend moins de précautions: «Je dirais que c'est un faux. L'écriture n'a pas l'air authentique» comparée à d'autres papyrus coptes du IVe siècle, a-t-il jugé.

Karen King a reconnu mercredi qu'il restait des interrogations sur le fragment et déclaré que des tests d'encre étaient prévus pour déterminer si les composants chimiques correspondent à ceux utilisés à cette époque.

Un collectionneur anonyme a apporté le fragment à Mme King en décembre 2011 afin qu'elle l'aide à le traduire et le comprendre. En mars, elle l'a montré à deux papyrologues qui l'ont jugé très vraisemblablement authentique. Le propriétaire veut vendre sa collection à Harvard, a expliqué l'universitaire.

«Il y a toutes sortes de choses vraiment louches dans cette affaire, a estimé David Gill, professeur de patrimoine archéologique à University Campus Suffolk au Royaume-Uni, spécialiste du trafic d'antiquités. Selon moi, tout universitaire sensé et responsable devrait garder ses distances.»

PLUS:pc