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Syrie: Burj al-Qassab, une victoire rebelle sur les bombes du régime

19/09/2012 03:59 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

C'est le rêve de tout artilleur, un point de vue exceptionnel: d'un seul coup d'oeil, on embrasse tout le nord-ouest montagneux de la Syrie, de la frontière turque jusqu'aux pentes de Lattaquié, sur la Méditerranée.

Au prix d'une rude bataille, les rebelles syriens se sont emparés début septembre de la position stratégique de Burj al-Qassab, hameau accroché à flanc de roche, d'où l'armée du régime de Bachar al-Assad arrosait d'obus depuis des mois les villages environnants.

Burj al-Qassab domine deux massifs de l'arrière pays montagneux de Lattaquié: le jebel Turkmène, peuplé de Turkmènes turcophones, et le jebel Akrad (Kurde, en arabe), qui, comme son nom ne l'indique pas, est habité en majorité par des arabes sunnites.

Dès le début des manifestations contre Bachar, le jebel Akrad a pris fait et cause pour la révolution. Il est aujourd'hui en grande partie contrôlé par les rebelles.

L'armée s'est redéployée dans les villages limitrophes, alaouites (branche marginale du chiisme dont est issue la minorité au pouvoir à Damas) et réputés acquis au régime.

La rébellion fait désormais tâche d'huile plus à l'ouest sur le jebel Turkmène, longtemps resté en retrait des soubresauts politico-militaires qui secouent le pays depuis 18 mois.

"Burj al-Qassab était un point très important pour le régime, car il permettait de bombarder à la fois le jebel Akrad et le jebel Turkmène", explique Abou Jibal, officier en charge de la nouvelle position rebelle.

La route qui mène au relais de téléphonie mobile à son sommet est parsemée de branches sectionnées par les éclats. Des troncs de sapins sont brisés par la mitraille. Des fils électriques jonchent la chaussée, trouée comme un gruyère.

Une fois en haut, c'est la désolation d'après la bataille. La tour en métal rouge et blanc a été décapitée. Le drapeau de la "nouvelle Syrie libre" flotte à son pied, sur un bâtiment noirci par les flammes.

La carcasse calcinée d'un tank T-55 pointe encore sa bouche d'acier vers l'horizon. Des dizaines de douilles d'obus gisent sur le sol sablonneux au milieu d'immondices, de rangers abandonnées à la hâte et de caisses de munitions éventrées.

Des corps de militaires ont été mis en terre à quelques pas. "J'en ai moi-même inhumé neuf", raconte Abou Jibal. "Six soldats été faits prisonniers, et nous avons perdu six hommes juste dans l'assaut du fortin".

L'opération a été menée par une toute nouvelle coordination de onze katibas (bataillons) rebelles de la province de Lattaquié, forte d'environ 700 hommes qui refusent d'être affiliés à la principale force d'opposition armée, l'Armée syrienne libre (ASL), selon une vidéo exclusive transmise à l'AFP.

Leur objectif était de "neutraliser la position de Burj al-Qassab et faire cesser les bombardements ayant causé la mort de nombreux civils", déclare dans cette vidéo Abou Baddih, commandant de la katiba al-Moataz Billah, et l'un des principaux chefs de ces "moujahidines du jebel Akrad".

Fait notable, une katiba de combattants Turkmènes a pris part à l'assaut, ce qui confirmerait la montée en puissance de la rébellion dans le jebel Turkmène, selon Abou Baddih.

Eglise intacte

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L'armée a tenté à deux reprises de reprendre la position, selon Abou Jibal.

A quelques centaines de mètres en contrebas, le hameau de Burj al-Qassab a été relativement épargné. Les habitants, en majorité chrétiens, ont eu le temps de fuir. L'église, fermée, est intacte. "Personne n'y a touché".

Des rebelles occupent quelques maisons, contrôlent l'entrée du bourg avec leurs mitrailleuses lourdes. Les obus tombent à intervalles réguliers.

Une montagne sépare les belligérants. L'ennemi est retranché à Tala et Kfarieh, deux localités alaouites.

Près de cette ligne de front invisible, une poignée d'habitations appartenant à "des espions", sans doute alaouites, finissent de se consumer. Des paysans du coin viennent y ramasser dans leur tracteur ce qu'ils peuvent encore piller.

Dans la vallée serpente l'autoroute reliant Lattaquié à Alep, la grande métropole du nord. L'imposante langue de bitume et ses immenses aqueducs de béton sont déserts. Les convois blindés de l'armée de Bachar ne passent plus. La rébellion tient fermement au moins dizaine de kilomètres de cet axe clé, a-t-on constaté.

hba/mm

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