NOUVELLES

Séquelles de l'attentat, crise économique: Marrakech fait grise mine

19/09/2012 04:06 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

Avec ses palmiers-dattiers et ses murailles couleur ocre, sa medina aux ruelles escarpées et ses charmeurs de serpents, Marrakech a toujours de quoi faire rêver: mais entre les séquelles de l'attentat de 2011 et la crise économique, la destination fait grise mine.

Selon l'office de tourisme de la région de Marrakech, la fréquentation au cours des six premiers mois de 2012 a enregistré une baisse de 4% par rapport à la même période l'an dernier. Quant aux nuitées, la chute atteint 6%.

Au détour d'une des multiples ruelles de la Vieille ville, le riad Karmela propose tous les charmes de ce genre d'hébergement: cour intérieure typique où trônent bassin et fontaine, et toit-terrasse propice à la méditation à la tombée du jour, au son du muezzin.

Au tournant des années 2000, tombés sous le charme, beaucoup d'Européens, Français en tête, ont investi dans ces riads. Rénovés, ceux-ci sont devenus très tendance, via notamment les propositions internet des tours-opérateurs.

Mais l'offre a fini par dépasser la demande.

"Les affaires sont à la baisse chaque année depuis que nous avons ouvert en 2006", déplore ainsi Joël, propriétaire du riad Karmela, qui par le passé a tenu des hôtels à Paris et Londres.

"Il y a eu tout simplement trop de riads. Beaucoup de propriétaires ne savaient pas exactement dans quoi ils investissaient. Ensuite est venue la crise économique, et l'attentat l'an dernier", ajoute-t-il.

L'attaque à la bombe du 18 avril 2011 contre le café Argana, situé sur la mythique place Jemaa el-Fna, a entraîné la mort de 17 personnes, essentiellement des touristes occidentaux. L'édifice est aujourd'hui en reconstruction.

Malgré le drame, la construction d'hôtels cinq étoiles se poursuit, afin d'héberger les riches touristes européens dans un décor digne des Mille et une nuits.

Et les célébrités, vedettes du cinéma et dirigeants politiques continuent leurs allers et venues à Marrakech, poursuivant la saga de l'ancienne capitale impériale.

Nicolas Sarkozy a ainsi séjourné dans la région, à l'invitation du roi, peu après sa défaite à la présidentielle française.

Mais les palaces affichent eux aussi des taux d'occupation à la baisse.

Cette érosion de la fréquentation est prise très au sérieux par les autorités d'un royaume confronté à des difficultés financières et où l'industrie touristique est une des principales sources de revenus nationales.

A l'ombre de la célèbre Koutoubia, mosquée construite au XIIe siècle sous les dynasties Almoravides puis Almohades, les plus optimistes espèrent un redémarrage à l'approche de la belle saison, quand le thermomètre délaisse les 45 degrés pour afficher des valeurs plus clémentes.

Mais Noureldine, un sexagénaire espagnol converti à l'islam, n'ose y croire.

"Certes l'automne est synonyme de temps plus clément. Mais avec la crise économique en Europe, on ne sait pas d'où nos clients vont venir. Et les gens dépensent moins, tout simplement", déclare ce propriétaire d'un petit riad.

Il dit avoir baissé ses prix de 25%. Mais, malgré cela, "cette année a été catastrophique", se lamente-t-il.

Sirotant un jus d'orange sur un banc disposé par un des marchands ambulants de la place Jemaa el-Fna, un couple d'Ecossais semble à des années-lumière de ces préoccupations et goûte en toute quiétude à la magie des lieux.

"Je me sens vraiment en sécurité", assure Margaret, avant d'admettre ne pas savoir grand-chose du drame survenu il y a bientôt 18 mois.

Dans la medina de Marrakech, en tant que touristes, "on est parfois un tantinet dérangés. Mais rien qui ne pourrait m'empêcher de me promener seule de nuit", fait-elle valoir, dans un léger sourire.

sma-gk/dms

PLUS:afp