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Multiplication des enlèvements en Syrie à la faveur du chaos

19/09/2012 04:02 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

Avec l'intensification des violences, les enlèvements de civils se multiplient en Syrie pour des raisons politiques mais surtout pour de l'argent, affirment des militants et des proches d'otages.

Le drame vécu par de nombreuses familles a poussé un groupe de militants à créer une page Facebook intitulée "Disparus", avec des photos de femmes, d'hommes et d'enfants accompagnées de messages postés par des proches inquiets.

"Notre soeur Taghrid Arnous a disparu. Prière d'appeler ce numéro", peut-on lire sur un message, ou encore "Si vous avez des informations sur un disparu, prière d'envoyer un message à cette page".

Entre 2.000 et 3.000 personnes ont été enlevées en Syrie depuis le début de la révolte en mars 2011 contre le régime du président Bachar al-Assad, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne et qui s'appuie sur un large réseau de militants.

"Tout le monde enlève tout le monde", affirme à l'AFP le président de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, joint au téléphone.

"Les forces pro-régime kidnappent dans le camp des anti-régime et vice-versa, pour échanger des prisonniers ou obtenir de l'argent, mais il y a aussi des bandes criminelles qui cherchent uniquement à extorquer des rançons aux familles des victimes", poursuit-il.

Abou Ahmad, 66 ans, a été kidnappé à la mi-août à Damas alors qu'il rentrait chez lui après le travail. "Il a un bon travail, c'est pourquoi ils l'ont enlevé", explique son fils Ahmad à l'AFP.

"Nous avons reçu un appel. Un homme des comités populaires demandait 75.000 dollars pour papa", dit-il, en allusion aux milices pro-régime, créées pour défendre les quartiers contre les rebelles. "Je lui ai dit que nous étions incapables de payer une telle somme".

"Ils ont gardé mon père neuf jours. A la fin, ils l'ont libéré contre 15.000 dollars", précise-t-il.

Abou Ahmad a eu la vie sauve mais été traumatisé par son rapt, souligne son fils. Il n'a pas été battu par ses ravisseurs, mais il "les a entendu violer une fille dans la pièce d'à-côté".

Dans le nord du pays, de nombreuses personnes seraient retenues en otages par Abou Ibrahim, originaire d'Azaz, dans la province d'Alep, qui s'est fait connaître en enlevant des pèlerins chiites libanais cet été, selon des militants.

"Abou Ibrahim n'est pas un combattant, c'est un criminel qui se sert de la révolte pour se faire de l'argent", déclare un habitant d'Azaz joint via Skype, qui se présente comme Abou Mohammed.

Des militants ont signalé une hausse des rapts dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, dans le sud de Damas, qui a été le théâtre de combats la semaine passée.

La page "Disparus" de Facebook rapportait récemment la disparition d'Ahmad Mohammed al-Majdalawi, un habitant de Yarmouk. Quatre jours plus tard, un résident du camp a dit à l'AFP que son corps avait été découvert avec ceux d'autres personnes à Yarmouk. D'après des militants, il a été exécuté sommairement.

Dans la campagne d'Alep, où des villes et villages entiers sont passés sous le contrôle des rebelles, des ravisseurs ont exigé des munitions en échange de la libération de captifs, selon des habitants de Zahraa et Naboul, villages majoritairement chiites.

D'après eux, plus de 100 de leurs proches ont été enlevés par des rebelles, qui ont exigé plus de 1.500 balles en échange de chacun d'entre eux.

Un journaliste à Alep a indiqué au téléphone à l'AFP que des habitants pro-régime de ces deux villages avaient pris les armes pour se protéger des insurgés.

Les militants estiment que le climat de chaos qui règne en Syrie permet aux deux parties du conflit de profiter de la situation.

"La plupart du temps, ce sont les bandes qui étaient responsables de crimes avant la révolution qui sont désormais derrière les enlèvements", déclare Abou Hisham, un militant d'Alep, théâtre de combats acharnés depuis deux mois entre rebelles et armée, et d'une vague de rapts.

Selon ce militant, joint via Skype, certains voleurs se présentent comme des rebelles, tandis que certains rebelles agissent comme des criminels et que les partisans armés du régime se font justice eux-mêmes.

"En raison de cette folie, les gens ont peur de tout. Les civils paient le prix le plus fort. Ils ont peur d'être victimes de bombardements, d'être tués, d'être emprisonnés, et maintenant d'être kidnappés".

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