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GRC et harcèlement sexuel: les femmes hésitent à dénoncer, selon un rapport

19/09/2012 05:38 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

VANCOUVER - Un rapport interne de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) laisse croire que certaines employées hésitent à dénoncer des gestes de harcèlement sexuel, car elles ne font pas confiance au système actuel de traitement des plaintes et estiment que les agents dénoncés ne sont pas punis de toute façon.

Le document obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information fait état d'un sondage mené auprès de 426 policières de la Colombie-Britannique après que des médias eurent rapporté des cas de harcèlement sexuel au sein de la GRC.

Les agentes rencontrées se sont plaintes de nombreux comportements. Certaines ont dit avoir été rabaissées par leurs collègues, tandis que d'autres ont fait état d'attouchements inappropriés et de gestes exhibitionnistes. Elles ont également déclaré que la GRC et ses hauts fonctionnaires ne disposaient pas des bons outils ou étaient carrément peu intéressés à s'occuper du problème.

«Il y avait une importante perception, au sein de la GRC, que le harcèlement n'est pas chose commune. Les policières hésitent à dénoncer les gestes qu'elles subissent en raison de ce qu'elles observent, soit l'absence de conséquences pour les agresseurs, si ce n'est d'un transfert de poste ou d'une promotion», indique le rapport.

«Cette impression qu'il n'y a pas de "vraies" conséquences pousse les femmes à croire que le dépôt d'une plainte n'en vaut pas la peine [...]. Les participantes ont majoritairement fait état de l'impression que les conséquences d'une plainte pour harcèlement sont plus graves que le motif de la plainte lui-même.»

En réponse à la publication du rapport en avril dernier, la GRC a déjà formé une équipe d'enquêteurs afin qu'ils répondent à ces plaintes.

Le rapport a été commandé par le commissaire adjoint Craig Callens, qui dirige la GRC en Colombie-Britannique, en réponse à une série de poursuites et de reportages médiatiques en lien avec le harcèlement sexuel.

Le cas qui a retenu le plus d'attention est celui de Catherine Galliford, une ancienne agente aux communications de la GRC qui a rapporté des années d'abus qui l'auraient laissée dans un état de stress post-traumatique. La GRC nie les allégations.

Le rapport est interne, et il a été complété en avril par la stratège sur la diversité en Colombie-Britannique, Simmie Smith. Il rapporte que le harcèlement basé sur le sexe était fréquemment évoqué par les femmes rencontrées. Les participantes ont soulevé de nombreux problèmes, notamment la présence de superviseurs agressifs, l'assignation de femmes à des tâches subalternes, le peu d'attention qui leur était accordée pendant des réunions, l'utilisation de sous-entendus à teneur sexuelle ainsi que des attouchements et des gestes exhibitionnistes.

Lorsque les femmes tentaient de se plaindre, ont rapporté les participantes, elles étaient souvent punies. Elles craignaient également que leurs carrières en souffrent, qu'elles soient transférées à de nouveaux emplois ou relocalisées. Les policières ont expliqué cette situation par une mentalité de «club sélect d'hommes» au sein duquel des policiers jouissant de bons contacts n'ont jamais à craindre de faire l'objet de représailles.

«Je ne porterais jamais plainte pour harcèlement», a déclaré une participante à un groupe de discussion. «J'ai vu ce qui est arrivé à celles qui l'ont fait. Les employés de l'administration ont fait de leurs vies de vrais enfers, ils ont utilisé leurs positions d'autorité pour les intimider.»

«Nous portons une veste pare-balles pour nous protéger des mauvaises personnes quand nous sommes en fonction», a rapporté une autre policière. «Mais en fait, c'est plutôt à l'intérieur de nos murs que nous devrions en porter afin de nous protéger des méchants qui font partie de notre propre organisation.»

Le rapport souligne enfin l'existence d'une croyance répandue, au sein de la GRC, que les plaintes et la couverture médiatique qui y sont rattachées sont exagérées.

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