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Gaza: malgré la répression du Hamas, les salafistes relèvent la tête

19/09/2012 04:23 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

Dispersés, surveillés, réprimés par le Hamas, les groupes salafistes de Gaza défient ce dernier sur son territoire, surenchérissant dans la lutte contre Israël et la défense de l'islam.

Quatre salafistes palestiniens ont été condamnés lundi par un tribunal militaire de Gaza à des peines de prison pour l'enlèvement et l'assassinat en avril 2011 du militant pacifiste italien Vittorio Arrigoni.

Les ravisseurs exigeaient la libération de leurs camarades détenus, en particulier le chef du groupe Tawhid wal-Jihad, le Jordanien Hicham al-Saedini, alias Abou al-Walid al-Maqdissi, relâché en août 2012 après une médiation jordanienne puis rentré dans son pays.

Mais entre chaque coup de filet, les groupes salafistes --qui revendiquent quelques centaines de membres et des milliers de sympathisants-- semblent reconstituer leurs forces.

Vendredi, des centaines de salafistes ont défilé à Rafah, à la frontière avec l'Egypte, contre un film islamophobe produit aux Etats-Unis en brandissant des drapeaux d'Al-Qaïda et en scandant leur allégeance au chef du réseau, Aymane al-Zawahiri.

"Il n'est pas dans notre conception de combattre d'autres musulmans, mais si nous y sommes obligés, nous défendrons nos âmes, nos enfants et nos moujahidine", prévient dans une déclaration à l'AFP Abou Abdallah, un dirigeant d'une coalition salafiste apparue récemment, le Majlis Choura al-Moujahidine.

Faisant état de dizaines d'arrestations, Abdou Abdallah fustige une "campagne hystérique" des forces de sécurité intérieure du Hamas contre les salafistes.

"Au lieu de mener le jihad contre l'ennemi arrogant, le Hamas maintient la trêve avec les juifs, et l'ennemi (israélien, NDLR) continue à traquer les moujahidine jour et nuit", déplore-t-il.

Abou Qatada al-Maqdissi, militant d'Ansar al-Sunna, autre organisation de cette mouvance, confirme à l'AFP que "la sécurité du Hamas pourchasse les moujahidine".

La traque aux salafistes s'est intensifiée après une attaque dans le Sinaï le 5 août, au cours de laquelle 16 gardes-frontière égyptiens ont été tués par des assaillants suspectés d'être des islamistes radicaux.

L'Egypte a demandé au Hamas des informations sur des membres d'un groupe salafiste du territoire qui auraient prêté la main à cette opération. Lundi, le ministère de l'Intérieur du Hamas a assuré qu'aucun habitant de la bande de Gaza n'était impliqué.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Islam Chahwane, reconnaît un "petit nombre" d'arrestations de salafistes. "Nous nous en prenons seulement à ceux qui enfreignent la loi et troublent l'ordre", argue-t-il, au sujet de l'arrestation d'auteurs de tirs de roquettes contre Israël.

"La riposte à l'agression israélienne doit être coordonnée entre les mouvements de la résistance (palestinienne) au nom de l'intérêt national", soutient le responsable du Hamas.

Il rejette également les accusations de sévir contre les salafistes pour complaire au nouveau pouvoir égyptien, dirigé par les Frères musulmans, la maison mère du Hamas.

"L'Egypte fait pression sur le Hamas pour traquer les groupes salafistes. Quant au Hamas, il estime que la nouvelle Egypte sera d'un grand appui à l'avenir, il veut donc coopérer" avec elle, affirme Moukhaïmer Abou Saada, politologue à l'Université Al-Azhar de Gaza.

Selon lui, la confrontation est "inéluctable" entre le Hamas et les salafistes convaincus qu'il s'est écarté de la charia (loi islamique) et de la lutte contre Israël.

L'analyste politique Moustapha Sawaf, ancien rédacteur en chef d'un journal proche du Hamas, considère en revanche que cette coexistence va perdurer.

Les groupes salafistes de Gaza "ont un lien intellectuel et non organisationnel" avec ceux du Sinaï, assure-t-il. "Il peut y avoir des activités communes comme l'entraînement, mais de manière individuelle, pas au niveau de l'organisation".

Les services de sécurité israéliens soupçonnent que cette distinction camoufle un partage des rôles, relevant l'appartenance de militants salafistes aux forces de sécurité officielles à Gaza.

"Le Hamas essaye de jouer sur les deux tableaux", écrivait récemment le correspondant militaire du quotidien Yediot Aharonot, Alex Fishman.

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