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Film islamophobe: la France réaffirme son attachement à la liberté d'expression

19/09/2012 01:17 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

PARIS - PARIS (Sipa) — Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a dénoncé mercredi le film islamophobe "Innocence of Muslims" ("Innocence des musulmans") qui enflamme le monde arabo-musulman mais il a réaffirmé son attachement à la liberté d'expression. Les responsables des principales organisations musulmanes de France ne semblent pas non plus vouloir demander le blocage de l'accès à cette vidéo sur Internet.

En France, la liberté d'expression est limitée par les délits d'injure et de diffamation (art. R 621-1 et art. R 621-2 du code pénal). Dans le cas du film attribué à l'Américain d'origine égyptienne Nakoula Basseley Nakoula, l'injure pourrait être alléguée devant un juge par les instances représentatives des musulmans de France, estime Me Anthony Bem, avocat au barreau de Paris, dans un entretien téléphonique à l'agence de presse Sipa.

"De manière absolue, l'humour permet de tout dire mais là, on est dans la caricature injurieuse ", estime-t-il après avoir visionné la bande-annonce de 14 minutes de ce film, qui tourne en ridicule Mahomet, le prophète de l'islam. "Si l'organe représentatif des musulmans de France se saisissait de l'affaire, il y a fort à parier qu'un juge ordonnerait le retrait de la vidéo en question de YouTube", a-t-il expliqué.

Or Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a seulement exprimé sa "profonde indignation" face à la diffusion de ce film "odieux", sans évoquer l'éventualité d'en demander le blocage.

La vidéo n'est qu'"un montage sciemment organisé dans le but de provoquer des troubles (...) C'est de la manipulation, ce n'est plus de la liberté d'expression", estime un proche de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, mais une action en justice serait "un coup d'épée dans l'eau". "Vous interdisez la vidéo en France, elle réapparaît sur un site en Belgique", ajoute cette source, qui a requis l'anonymat.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a fustigé mercredi un "film totalement imbécile" mais a rappelé qu'"en France (...), le principe, c'est la liberté d'expression (...) Il ne faut pas porter atteinte à ce principe".

"Il n'est pas question de revenir sur ce droit (...) S'il y a une atteinte qui est portée à ce principe, il est possible pour une association, pour une personne, de porter plainte devant les tribunaux et c'est aux tribunaux de juger", a-t-il souligné.

"La liberté d'expression est garantie" en France même si "chacun doit exercer cette liberté avec responsabilité et respect", a également insisté le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, après la publication mercredi de caricatures de Mahomet dans l'hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo".

"Dans notre pays, il est hors de question de mettre en cause le droit d'expression, celui de l'information, de l'opinion, de la caricature, dans le cadre de la loi. Et les tribunaux sont là, ça a déjà été le cas dans le passé, pour être saisis par ceux qui se considéreraient attaqués ou offensés", a encore rappelé le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, après avoir reçu les représentants de plusieurs associations musulmanes à la mi-journée.

En juin 2010, la chaîne de télévision du Hamas Al-Aqsa avait été interdite de diffusion en France par l'opérateur satellite Eutelsat sur ordre du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), pour incitation à la haine raciale. Six ans plus tôt, la chaîne du Hezbollah libanais avait été interdite également pour le même motif.

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