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Disparus en Algérie: Navy Pillay souhaite une mission de l'ONU "rapidement"

19/09/2012 02:56 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

La Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Mme Navy Pillay, a souhaité mercredi à Alger la venue "rapidement" et "sans conditions préalables" d'une mission des Nations unies sur les disparitions forcées durant la guerre civile des années 1990.

Selon Mme Pillay, le gouvernement algérien a "décidé d'accepter la demande du groupe de travail de l'ONU sur les disparitions forcées ou volontaires d'effectuer une visite en Algérie pour, donner des conseils sur la façon de gérer la question difficile et profondément tragique des disparus".

Mme Pillay, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse à l'issue d'une mission de trois jours en Algérie, a "souhaité que cette visite intervienne rapidement et "sans conditions préalables".

"Je félicite le gouvernement pour son système de réparation destiné aux familles des victimes, basé sur la Charte pour la paix et la réconciliation nationale", a dit Mme Pillay, citée par l'agence de presse officielle APS.

Les familles de 6.146 disparus ont accepté des compensations dictées par cette charte, adoptée par référendum en 2005 pour tourner la page des violences.

Selon des ONG algériennes, 25% des familles ont refusé cette indemnité et celles qui l'ont perçue ont malgré tout besoin des corps pour pouvoir faire leur deuil. Elles manifestent de manière récurrente pour réclamer en outre la vérité sur ces disparitions.

Mme Pillay a exhorté le gouvernement à "prendre d'autres mesures pour leur fournir (aux familles des victimes) plus d'informations sur le sort" des leurs.

Un responsable algérien des droits de l'Homme Farouk Ksentini avait indiqué plus tôt que son pays n'avait "rien à cacher" concernant les disparitions durant la guerre civile, qui a fait officiellement 200.000 morts et les disparus se comptent par milliers, selon les ONG locales.

Les autorités évaluent le nombre de disparus à environ 7.200.

Mme Pillay a en outre indiqué avoir suggéré que le rapporteur spécial de l'ONU nouvellement désigné sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition, soit invité à visiter l'Algérie pour "aider à régler certaines questions en suspens", liées à la décennie des violences.

La représentante de l'ONU a par ailleurs estimé que la liberté d'expression "s'est considérablement améliorée au cours de ces dernières années" en Algérie, et salué "l'émergence de nouvelles libertés politiques clairement illustrées par le grand nombre de partis politiques représentés au Parlement depuis les élections législatives du 10 mai".

Toutefois, elle a fait état de "certaines restrictions" imposées à des organisations de la société civile, "confrontées à des contraintes juridiques et administratives en Algérie.

"Certains membres de la société civile sont aussi fréquemment harcelés, intimidés et arrêtés arbitrairement par les forces de sécurité et ne bénéficient pas d'une protection suffisante contre ces pratiques abusives", a-t-elle ajouté..

Le Parlement a adopté fin 2011 une nouvelle loi sur les associations, qui, selon l'opposition et les militants des droits de l'Homme va renforcer l'hégémonie étatique sur la société civile.

Mme Pillay a "encouragé le gouvernement à réviser les lois et les pratiques relatives aux organisations de la société civile et à la liberté de réunion et à demander à toutes les forces de sécurité de s'abstenir de violer les instruments internationalement reconnus".

Durant sa mission en Algérie, Mme Pillay a été reçue par le président Abdelaziz Bouteflika, le Premier ministre et s'est entretenu notamment avec plusieurs ministres.

abh/feb

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