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Chili: chats et rats menacent le paradis qui a inspiré «Robinson Crusoé»

19/09/2012 04:24 EDT | Actualisé 19/11/2012 05:12 EST

ÎLE DE ROBINSON CRUSOÉ, Chili - C'est toujours un paradis naturel situé loin dans le Pacifique, avec des jungles épaisses et des montagnes d'un vert stupéfiant qui s'élèvent au-dessus de la mer. Mais la splendeur des petites îles chiliennes qui ont probablement inspiré les aventures de Robinson Crusoé à Daniel Defoe disparaissent bouchée par bouchée.

Près de 400 ans de présence humaine ont laissé plusieurs des pentes dénudées, leur végétation décimée par la déforestation et les incendies, ou encore dévorée par des chèvres et des lapins importés. Les jungles sont toujours là, mais les espèces envahissantes chassent lentement les plantes et les oiseaux indigènes uniques qui ont évolué pendant un million d'années dans un isolement complet.

«C'est une illustration parfaite de comment détruire un écosystème», a dit Cristian Estades, un ornithologue de l'université du Chili.

Une poignée de biologistes, d'écologistes, d'enseignants et de dirigeants chiliens collaborent maintenant avec les insulaires à des projets qui visent à sauver les espèces menacées en éliminant les plantes et animaux étrangers. Dans un monde qui déborde de défis environnementaux intimidants, ils affirment que celui-ci est réalisable avec suffisamment de temps, d'efforts et d'argent, en partie parce que les trois îles de l'archipel Juan Fernandez se trouvent à près de 700 km à l'ouest des côtes chiliennes.

Le Chili a un programme de 12 millions $ US pour empêcher d'autres espèces étrangères de rejoindre l'archipel et pour contrôler celles qui s'y trouvent déjà. Le groupe environnemental Island Conservation et d'autres disent que 20 millions $ US sont nécessaires simplement pour mettre le plan en branle, notamment en s'attaquant aux espèces animales qui n'appartiennent pas à cet écosystème. D'autres millions devraient ensuite être dépensés pour empêcher les envahisseurs de revenir et permettre le retour des espèces indigènes.

Mais pour l'instant, le manque chronique de financement signifie que les scientifiques doivent se contenter de documenter la disparition.

Les îles ont été désignées «réserve de la biosphère mondiale» par les Nations unies en 1977. Même si elles ne couvrent qu'une superficie de 100 km2, la diversité de leur végétation est 61 fois supérieure à celle des îles Galapagos, selon Island Conservation, alors que sa population d'oiseaux serait 13 fois plus diversifiée.

Elles renferment toujours 137 plantes et quelques oiseaux qu'on ne retrouve nulle part ailleurs au monde, dont un oiseau-mouche d'un rouge étincelant et un arbre si rare qu'on n'en comptait plus qu'un seul spécimen il y a quelques années. Quarante-neuf plantes et sept oiseaux sont en danger critique d'extinction, selon l'International Union for the Conservation of Nature, et au moins huit autres sont déjà disparus.

Les principales causes du problème ont été importées par des humains. Non seulement des chèvres et des lapins, mais aussi des chats, des rats, des souris et une espèce de raton carnivore qu'on retrouve normalement sous les tropiques américains. Les chats menacent notamment les oiseaux-mouches, dont la population s'est effondrée quand l'oiseau a été incapable de s'adapter à la menace féline.

Les insulaires qui y habitent devront obligatoirement faire partie de la solution. L'ornithologue américaine Erin Hagen, qui a consacré 10 ans à l'étude des oiseaux-mouches, affirme toutefois que plusieurs résidants refusent de renoncer à leurs chats, leurs chèvres et leurs lapins.

«Certains choisissent de vivre sans ces animaux envahisseurs, mais d'autres sont très attachés à leurs animaux de compagnie, et d'autres aiment chasser», a-t-elle expliqué.

Pourtant, il y a quelques années, 2,5 millions $ US ont été dépensés pour nettoyer l'îlot de Santa Clara des chèvres et des lapins qu'on y trouvait. Les habitants ont reçu de l'argent pour chaque peau rapportée, et on remplaçait même les balles utilisées.

Sur l'île chilienne éventuellement rebaptisée Robinson Crusoé, les chèvres — introduites au 17e siècle par des navigateurs espagnols comme source de nourriture renouvelable — sont confinées à un petit secteur facile à gérer, mais les lapins et les rats continuent à faire des ravages.

Sur l'île d'Alejandro Selkirk, la plus reculée de l'archipel, des milliers de chèvres sauvages détruisent l'habitat du Rayadito de Masafuera, une petite paruline couronnée dont la population ne compte plus que 550 individus.

Le Chili pourrait suivre l'exemple de l'Équateur aux îles Galapagos, où des hélicoptères ont été utilisés pour éliminer les chèvres et les porcs d'un secteur nettement plus grand. Les écologistes préviennent que ces animaux ne disparaîtront par eux-mêmes que lorsqu'ils auront mangé tout ce qui est comestible sur l'île, la transformant en désert.

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