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Syrie: le jebel Akrad, une région stratégique qui menace le réduit alaouite

18/09/2012 05:03 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

Dans l'arrière pays montagneux du port méditerranéen de Lattaquié, dans le nord-ouest de la Syrie, le jebel Akrad est l'un des dangereux points de contact entre la minorité alaouite, une branche de l'islam chiite, au pouvoir et rebelles sunnites, met en garde Fabrice Balanche, du GREMMO (Groupe de Recherches et d'Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient) à la Maison de l'Orient et de la Méditerranée à Lyon, joint au téléphone depuis Antakya.

Q: Quelle est l'histoire, la particularité du jebel Akrad?

R: Le jebel Akrad, la "montagne des Kurdes" en arabe, se trouve à l’extrême nord du jebel Ansaryeh, c'est-à-dire la montagne alaouite. C'est une zone rurale de moyenne montagne, de 400 à 1.000 mètres d’altitude, limité au nord-ouest par la vallée du Nahr el Kebir Chemali, à l’est par l’abrupt du jebel Ansaryeh et au sud par le début du territoire alaouite proprement dit.

Il ne s’agit donc pas d’une montagne individualisée mais d’une partie du jebel Ansaryeh, qui se distingue par son peuplement sunnite d’origine kurde.

La population est complètement arabisée désormais. Au XIIIème siècle, lorsque le sultan Baïbar a repris la région aux Croisés, des tribus kurdes et turques furent installées autour des principales forteresses de la montagne et sur les voies de passage, car les nouveaux maîtres de la région n’avaient pas confiance dans les alaouites.

Le jebel Akrad surplombe un des seuls passages à travers la barrière montagneuse qui sépare la côte de l’intérieur, ce qui lui donne une importance stratégique majeure.

Q: Quelle est l'importance du jebel Akrad pour le régime de Bachar al-Assad?

R: Au plan national, le jebel Akrad est frontalier de la Turquie et constitue une tête de pont dangereuse à partir de laquelle les rebelles s’infiltrent en Syrie, et d'où ils interrompent le trafic autoroutier entre Alep et Lattaquié.

Sur le plan régional, les rebelles du jebel Akrad menacent directement le territoire alaouite: la grande ville portuaire de Lattaquié où la rébellion compte de nombreux sympathisant dans la population sunnite de la ville (50% des habitants), mais qui est tenue par l’armée régulière.

Ils pourraient aussi lancer une opération commando pour toucher le symbole de la dynastie Assad: Qardaha, leur village d’origine, où se trouve notamment le mausolée d’Hafez al-Assad.

Q: Pourquoi le risque de massacre y est plus grand que dans d'autres régions?

R: Les affrontements intercommunautaires sont fréquents depuis le début de la révolte dans la périphérie du territoire alaouite. Les alaouites ont peur de la revanche des sunnites, notamment depuis la montée en puissance des islamistes en leur sein. Ils cherchent à sécuriser leur région pour s’y maintenir en cas de perte du pouvoir à Damas.

Les massacres fin mai-début juin de Houla (108 tués) et d'al-Qoubayr (86 tués), dans la vallée de l’Oronte, à la frontière entre alaouites et sunnites, témoignent de cette épuration ethnique en cours. Ces deux villages n’avaient pourtant pas une importance stratégique comparable au jebel Akrad.

La responsabilité des milices alaouites dans ces tueries ne fait guère de doute. L'objectif est évidemment de pousser à partir ceux qui ont osé rester jusqu'à présent, et obtenir ainsi un territoire ethniquement homogène.

La crainte d'un possible massacre par l'armée ou les miliciens pro-gouvernementaux chabihas a déjà fait fuir beaucoup de civils du jebel Akrad.

Aujourd'hui, l’armée syrienne aurait du mal à tenir durablement la région. Par conséquent, il n’est encore pas utile pour le moment d’en chasser la population en provoquant un massacre. En revanche, l’effondrement du régime à Damas et l’afflux de réfugiés alaouites dans la région ferait du jebel Akrad, la zone rebelle prioritaire à éradiquer.

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