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Syrie: aux portes du réduit alaouite, dans l'arrière-pays de Lattaquié

18/09/2012 04:58 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

Il y a des signes qui ne trompent pas: les femmes vont tête nue dans les rues, la moustache finement taillée a remplacé l'épaisse barbe des moujahidines pour les hommes. Nous sommes en terre alaouite.

Dans la province de Lattaquié (nord-ouest de la Syrie), sur les contreforts du massif du jebel Akrad, le village de Kdin vit en paix, apparemment loin du conflit qui ensanglante le reste du pays.

Kdin est pourtant cerné par des populations arabes sunnites, le jebel Akrad étant totalement acquis à la cause de la révolution contre le président Bachar al-Assad et son clan alaouite (branche de l'islam chiite).

En cette journée ensoleillée de fin d'été, les paysans de Kdin sont occupés à ramasser figues et pommes dans les vergers. Des gamins chahuteurs courent d'une maison à l'autre, sous le regard de leurs mères assises à la vue de tous à l'ombre des terrasses. Des jeunes filles en survêtement moulant déambulent en tripotant leur téléphone portable.

Dans les rues de Kdin, aucune trace de rebelles ou d'hommes en armes. "On passe parfois par le village, mais nous n'avons aucune raison de nous y arrêter", confirme Abou Baddih, un commandant rebelle dans la ville voisine de Salma, principale agglomération du jebel Akrad, et bourg sunnite plutôt conservateur.

Le contraste entre les deux localités, distantes de cinq kilomètres, est frappant: à Kdin, de nombreuses familles vaquant à leurs activités, des agriculteurs au travail. A Salma, des obus qui pleuvent quotidiennement sur des rues quasi désertes, sillonnées presque uniquement par des combattants à moto.

Les relations sont correctes et il n'y a pas de problème, assurent des habitants sunnites des environs.

Les paysans commercent entre eux, il y a des liens, des contacts. Des sunnites sont visibles dans le village, saluant des connaissances au passage.

Derrière l'apparente normalité de Kdin, c'est chacun chez soi avec les villages voisins. La méfiance est là, palpable, exacerbée par la guerre en cours, qui tourne de plus en plus au fil des mois à la confrontation confessionnelle entre rebelles sunnites et minorité alaouite au pouvoir.

Appuyés contre un tracteur aux roues crottées, des anciens du village dévisagent le nouveau-venu. "Que venez-vous faire ici?".

Les journalistes ne sont pas les bienvenus à Kdin. La tranquillité avec les voisins sunnites à un prix. La discrétion, et surtout une neutralité absolue, sont de rigueur.

La plupart des villages alaouites de la région, sur les pentes menant vers le port de Lattaquié, ont en effet naturellement choisi le camp du régime, et accueilli l'armée à bras ouvert par crainte d'une avancée de la rébellion.

"Nous ne sommes ni pour Bachar, ni pour les rebelles. Tout ça, ce n'est pas notre problème. Nous ne voulons qu'une chose, c'est vivre en paix", lance un quinquagénaire, dont la bedaine semble sur le point de faire éclater le pantalon.

"Il n'y a pas de chabihas (miliciens pro-régime) ici, pas de rebelles non plus, rien que des familles qui n'aspirent qu'à la tranquillité". Ainsi se clôt le débat, avant de se voir offrir de délicieuses figues pour cet accueil plutôt réservé.

Pour de nombreux rebelles, qui réfutent une interprétation trop communautariste du conflit, le village de Kdin a valeur d'exemple.

"Des alaouites vivent en paix dans le jebel. Nos combattants ont avancé dans au moins cinq de leurs villages sans toucher à un cheveux de quiconque", jure un médecin local.

"Nous ne visons pas les alaouites, mais les complices du régime, qui sont parmi toutes les communautés du pays", affirme le commandant Abou Baddih, assurant même avoir reçu de l'aide de certains villages alaouites.

Le médecin regrette que "beaucoup d'alaouites tombent dans le piège tendu par Damas d'une guerre confessionnelle".

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