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Le républicain Mitt Romney de nouveau dans l'embarras à cause d'une vidéo

18/09/2012 07:09 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

WASHINGTON - Un nouveau jour, une nouvelle controverse pour Mitt Romney.

À l'heure où il tente de courtiser la classe moyenne pour réduire l'écart avec Barack Obama dans les sondages, le candidat républicain à la présidence des États-Unis s'est retrouvé dans une situation délicate mardi, après la diffusion d'une vidéo tournée en caméra cachée dans laquelle il affirme que la moitié des Américains «se posent en victimes» et que son travail «n'est pas de se soucier de ces gens-là».

«Il y a 47 pour cent des gens qui voteront pour le président (Barack Obama) quoi qu'il arrive. Il y en a 47 pour cent qui sont avec lui, qui dépendent du gouvernement, qui se prennent pour des victimes, qui croient que c'est la responsabilité du gouvernement de s'occuper d'eux, qui croient qu'on leur doit l'assurance-maladie, l'alimentation, le logement, etc.», affirme-t-il dans la vidéo.

«Quarante-sept pour cent des Américains ne paient pas d'impôt sur le revenu», ajoute-t-il, en estimant qu'en tant que candidat à la Maison-Blanche, son travail «n'est pas de se soucier de ces gens-là». «Je ne les convaincrai jamais de se prendre en charge et de prendre leur vie en mains», dit-il.

La vidéo, mise en ligne par le magazine «Mother Jones», a été tournée le 17 mai lors d'une soirée de collecte de fonds en Floride.

L'identité de l'auteur de l'enregistrement n'a pas été divulguée, mais le petit-fils de l'ancien président Jimmy Carter a indiqué mardi qu'il avait lui-même retracé l'auteur de la vidéo sur Internet et l'avait convaincu d'envoyer l'enregistrement à «Mother Jones».

James Carter IV a déclaré à l'Associated Press que son geste avait été motivé par les critiques de Mitt Romney au sujet du bilan de son grand-père en tant que 39e président des États-Unis, en particulier sur sa politique étrangère.

Mitt Romney est apparu sur la chaîne Fox News mardi pour tenter d'expliquer ses déclarations sur les «47 pour cent d'Américains qui ne paient pas d'impôts» — la plupart parce qu'ils ne gagnent pas assez d'argent.

«Je crois que nous devrions avoir assez d'emplois et assez de salaires à rapporter à la maison pour que ces gens aient le privilège d'avoir des revenus plus élevés, ce qui leur permettrait de payer des impôts», a dit le candidat républicain mardi. «Je crois que les gens aimeraient pouvoir payer des impôts.»

Il a ajouté qu'il avait tenté d'illustrer les principales différences qui le distinguent du président sortant.

«Honnêtement, nous avons deux visions très différentes des États-Unis», a-t-il dit. «La vision du président, c'est d'avoir un gouvernement encore plus imposant.»

Le président Obama a réagi mardi lors de l'enregistrement de l'émission «The Late Show With David Letterman», en affirmant que son rival avait décidé d'ignorer «une grande partie du pays».

«Il n'y a pas beaucoup de gens dans ce pays qui se voient comme des victimes. Il n'y a pas beaucoup d'Américains qui estiment avoir droit à tout. Nous avons des obligations les uns envers les autres, et il n'y a rien de mal dans le fait que nous nous aidions mutuellement afin que l'enfant d'une mère célibataire (...) puisse avoir les moyens d'aller à l'université», a commenté Barack Obama.

Les réactions se sont multipliées dans le camp démocrate.

«C'est difficile d'être président de tous les Américains quand vous tirez un trait avec mépris sur la moitié du pays», a réagi Jim Messina, le directeur de campagne de M. Obama, dans un communiqué.

Ted Strickland, ancien gouverneur démocrate de l'Ohio, a estimé que Mitt Romney voyait comme des «parasites» tous ceux qui n'ont pas autant d'argent que lui.

«Cet homme pense apparemment que si vous ne faites pas partie de sa classe sociale (...) ou que vous n'avez pas le même statut économique que lui, vous êtes en quelque sorte un parasite», a-t-il dit.

Certains commentateurs républicains ont aussi condamné les propos de Mitt Romney.

Bill Kristol, rédacteur en chef du «Weekly Standard», a estimé que les commentaires du candidat républicain étaient «stupides et arrogants».

Le Canadien David Frum, un commentateur républicain modéré très respecté aux États-Unis, a écrit sur le site Daily Beast que Mitt Romney avait «commis la pire erreur d'un candidat présidentiel depuis que Gerald Ford a annoncé en 1976 qu'il n'y avait pas de domination soviétique en Europe de l'Est».

David Brooks, un chroniqueur du «New York Times» de tendance républicaine, a estimé que les commentaires de Mitt Romney étaient ceux d'un «millionnaire suffisant» et représentaient «la fantaisie d'un club privé».

«Cela laisse penser qu'il ne sait pas grand-chose du pays où il habite. Qui sont ces profiteurs dont il parle? S'agit-il du vétéran de la guerre en Irak qui demande de l'aide au département des Anciens combattants? Ou de l'étudiant qui obtient un prêt pour aller à l'université? Parle-t-il des retraités qui bénéficient de la sécurité sociale?», s'est-il interrogé.

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