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Liban: il y a 30 ans, les massacres de Palestiniens à Sabra et Chatila

18/09/2012 07:33 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST
Getty Images
BEIRUT, LEBANON: Palestinian woman try to identify 06 June 1985 in Chatila refugee camp in southern Beirut a relative following the massacre of 83 residents of the Sabra and Chatila camps. The same camps had been the scene of a three-day massacre in September 1982, two days after the assassination of Lebanese president-elect Bashir Gemayel, during which 1,500 Palestinians were killed by Christian militia supporters of Gemayel. Other massacres occured during the 1985 - 1988 'war of the camps', which pitted the Palestinians against the pro-Syrian Lebanese Shiite Amal militia. NB B/W (FILM) (Photo credit should read JOEL ROBINE/AFP/Getty Images)

Il y a 30 ans, le monde découvrait avec effroi les images de centaines de femmes, d'enfants et de vieillards assassinés et mutilés par des miliciens chrétiens alliés à Israël dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, dans la périphérie de Beyrouth.

Septembre 1982: le Liban est en plein guerre civile (1975-1990), et le sud du pays a été envahi trois mois plus tôt par Israël, officiellement dans le but de faire cesser les attaques de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat.

L'OLP est alors alliée aux milices libanaises à majorité musulmane ainsi qu'à l'armée syrienne entrée en 1976 au Liban, tandis que l'Etat hébreu s'est associé aux milices chrétiennes comme les puissantes Forces libanaises (FL) de Béchir Gemayel.

Elu président du Liban en août, M. Gemayel, adulé par les chrétiens du pays, est assassiné le 14 septembre dans un attentat à la bombe revendiqué par un parti prosyrien.

Les massacres de Sabra et Chatila

L'armée israélienne invoque cet assassinat pour pénétrer dans le secteur ouest de Beyrouth, à majorité musulmane, en violation d'un accord conclu sous médiation américaine sur l'évacuation du Liban des combattants de l'OLP.

Israël affirme vouloir "empêcher des effusions de sang et des actes de vengeance" après l'assassinat de M. Gemayel et combattre des terroristes embusqués dans la zone.

Mais le 16 septembre au soir, des miliciens chrétiens, aidés par l'armée israélienne qui tire des fusées éclairantes, entrent dans les camps de Sabra et Chatila, à la périphérie sud de Beyrouth, où ne reste que la population civile après le départ des combattants de l'OLP en vertu de l'accord.

Pendant trois jours, dans un black-out total, les miliciens massacrent sans que l'armée israélienne déployée autour du camp n'intervienne. Le 19, des images insoutenables de corps amputés, éventrés, de nourrissons écrasés et d'animaux abattus bouleversent l'opinion mondiale.

Le carnage fait entre 800 et 2.000 morts civils, selon les estimations, dans ces camps qui abritaient près de 8.000 réfugiés.

En Israël, une commission d'enquête attribue en 1983 la "responsabilité personnelle" mais "indirecte" des massacres à Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, lui reprochant de ne pas les avoir ni prévus ni empêchés. Il est alors forcé à la démission.

La commission attribue en revanche la responsabilité directe à Elie Hobeika, chef des renseignements des FL, qui ont toujours gardé le silence sur la tuerie.

En juin 2001, 23 rescapés portent plainte pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et actes de génocide contre M. Sharon, devenu Premier ministre. La plainte est déposée en Belgique en vertu d'une loi accordant une "compétence universelle" aux tribunaux belges pour ce type de crimes. Mais la loi est abrogée en 2003 et la justice belge abandonne les poursuites.

Ariel Sharon a depuis sombré dans un profond coma à la suite d'une attaque cérébrale en 2006.

Sabra est devenu un quartier populeux où vivent essentiellement des ouvriers étrangers et des Libanais chiites. Chatila compte en revanche encore quelque 8.300 réfugiés, selon une agence de l'ONU.

bur-ram/fc