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Le jebel Akrad aux avant-postes de la révolution syrienne

18/09/2012 05:08 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

Les rebelles syriens du jebel Akrad, dans le nord-ouest de la Syrie, gagnent du terrain dans l'arrière-pays montagneux du port de Lattaquié, sur la côté méditerranéenne, menaçant des territoires alaouites réputés fidèles au régime de Bachar al-Assad.

Frontalier avec la Turquie, le jebel Akrad, la "Montagne des Kurdes" en arabe, n'a plus de kurde que le nom et est arabisée depuis le XIIIème siècle.

La région offre un panorama splendide de moyennes montagnes coiffées de forêts de conifères, de vergers, dans un relief haché de ravins et de contreforts rocailleux où se nichent une multitude de villages.

La géographie humaine est à l'image des lieux: les paysans arabes sunnites, très largement majoritaires, ont immédiatement embrassé la révolte contre Bachar al-Assad, puis la lutte armée.

Les villages alaouites (branche marginale du chiisme dont est issue la minorité au pouvoir à Damas) en limite du jebel ont, pour quelques-uns, affiché une prudente neutralité. Mais la plupart ont accueilli l'armée à bras ouvert et fourni au régime leur lot de miliciens.

Les rebelles se sont dans un premier temps emparés de toute la région, provoquant des combats meurtriers avec les forces gouvernementales.

L'armée a repris en juin le contrôle de l'enclave stratégique d'Haffeh, ville sunnite proche de Lattaquié et enclavée dans une campagne alaouite qui lui est hostile.

Mais dans la montagne, le régime n'a eu d'autre solution que de retirer ses forces, trop isolées, pour les concentrer sur les grandes villes, quelques points hauts et les axes stratégiques.

"Le jebel Akrad est aujourd'hui presque entièrement sous le contrôle des moujahidines", explique Dr Habib, unique médecin d'un hôpital de fortune aménagé dans les sous-sols d'un immeuble de Salma.

"L'armée a tenté des incursions, sans cesse repoussées. Les rebelles ont pris l'avantage. Alors, les militaires se vengent en bombardant de façon indiscriminée les civils", ajoute-t-il.

Sans même une chambre d'opération, Dr Habib traite jusqu'à 70 patients par jour, civils et combattants, et se dit écoeuré de ce "régime devenu fou qui écrase son peuple sous les bombes".

Les bombardements d'artillerie sont incessants sur le jebel Akrad, où des pans de forêts ont été dévastés par les flammes allumées par les obus.

A Salma, principale agglomération au jebel Akrad, presque tous les bâtiments portent les stigmates de ces bombardements. Les hélicoptères survolent quotidiennement le secteur et ouvrent le feu à la mitrailleuse lourde.

Les motos ont remplacé les voitures, cibles trop évidentes pour ces tirs venus du ciel. Le carburant est hors de prix. Pas d'électricité, ni d'eau courante depuis quatre mois. Une aide internationale qui n'arrive pas, dans une région déjà naturellement difficile d'accès.

Face à la pénurie, les habitants qui n'ont pas fui s'organisent. La terre, généreuse en cette saison, pourvoit à une partie des besoins. L'aide alimentaire, les médicaments, arrivent par la Turquie, au gré des bonnes volontés et des initiatives individuelles.

Survêtement noir et regard bleu bienveillant, Abou Motea convoie du matin au soir une partie de cette aide, sacs de farine et bouteilles d'huile collectés de l'autre côté de la frontière par son association syrienne, "Nour al-Huda", ou le croissant rouge turque.

A bord d'un vieux minibus brinquebalant, ce "partisan de la non-violence" sillonne les routes tortueuses du jebel pour distribuer les vivres, aux civils comme aux "moujahidines". Car au sein de ce peuple de paysans montagnards en armes, les combattants ont le soutien de tous.

L'aide s'arrête cependant aux frontières des villages alaouites, têtes de pont de l'armée et zone d'action des chabbihas. "Trop risqué de s'y aventurer", même pour le pacifique Abou Motea.

Villages alaouites et sunnites sont ici particulièrement imbriqués. La méfiance, voire l'animosité, est ancienne, et la possibilité de massacres y est grande.

"Le risque est là, c'est pour cela que nous avons fait partir nos familles des zones les plus exposées", assure le commandant Abou Baddih, l'un des chefs militaires du jebel.

"Nous avons vécu ensemble des centaines d'années, des liens informels existent toujours entre nos villages, et des alaouites vivent en paix dans le jebel Akrad", assure Abou Baddih.

"La guerre confessionnelle est un piège monté de toutes pièces par Bachar", renchérit Dr Habib. "Le problème n'est pas entre les sunnites et les alaouites, mais entre le peuple et ce régime barbare".

hba/mm/hj

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