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FMI: l'Argentine pourrait être sanctionnée pour ses problèmes statistiques

18/09/2012 07:25 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

Le passif entre le FMI et l'Argentine s'est encore alourdi mardi: le Fonds a estimé que Buenos Aires ne fournissait toujours pas des statistiques économiques fiables, ce qui pourrait en faire, si rien ne change, le premier pays à être sanctionné pour ce motif.

Depuis juillet 2011, le Fonds monétaire international clame que les chiffres de la croissance et de l'inflation en Argentine sont inexacts et a laissé au pays deux délais successifs de six mois pour qu'il y remédie.

En 2011, le pays a officiellement connu une inflation à 9,5% mais les instituts privés l'évaluent à 23%.

Mardi, à l'heure d'un nouveau bilan, le conseil d'administration du Fonds a déploré dans un communiqué "un manque de progrès suffisant" des autorités, exprimé son "inquiétude" et appelé Buenos Aires à modifier "sans attendre" ses pratiques.

Un nouveau délai de trois mois a certes été accordé mais le FMI a indiqué qu'il envisageait désormais des "mesures supplémentaires" si rien ne changeait.

Derrière ce terme diplomatique se cache une possible "déclaration de censure", premier pas d'une procédure de sanctions qui peut aller jusqu'à l'exclusion du Fonds.

Une telle éventualité n'est pas encore d'actualité dans le dossier argentin. Selon les statuts du Fonds, la déclaration de censure ne pourra être engagée qu'en cas de nouvelle inertie de Buenos Aires et aux termes d'un vote du conseil d'administration du FMI, qui représente ses 188 Etats-membres.

Mais c'est la première fois dans l'histoire du Fonds que le processus de sanctions va aussi loin pour une question de statistiques.

Contacté, le gouvernement argentin n'a pas souhaité faire de commentaires.

Le FMI ne prend que très rarement des mesures de rétorsion contre ses Etats-membres. En décembre 2006, il avait privé le Zimbabwe de ses droits de vote et de son accès aux ressources du Fonds en raison du manque de coopération du régime autocratique de Robert Mugabe.

La Tchécoslovaquie, alors sous domination soviétique, reste le seul pays à avoir été exclu du FMI, au milieu des années 1950.

Le cas de l'Argentine, pays démocratique et membre du G20, est plus épineux pour le FMI et a, semble-t-il, donné lieu à d'intenses débats internes.

Attendu lundi, le communiqué du conseil d'adminstration a été publié vingt-quatre heures plus tard, sans pour autant donner satisfaction à l'ensemble de ses membres.

"J'aurais souhaité que le communiqué insiste davantage sur la volonté exprimée par les autorités argentines de mettre en oeuvre les recommandations du Fonds", a déclaré à l'AFP le représentant brésilien au conseil d'administration, Paulo Nogueira Batista.

La sensibilité du sujet tient aussi au lourd passif entre l'Argentine et l'institution de Washington.

Les autorités de Buenos Aires tiennent toujours le Fonds pour responsable de la faillite en 2001 du pays, qui avait fait défaut sur 95 milliards de dollars de dette, et du chaos social qui s'en était suivi.

Depuis 2006, l'Argentine a remboursé l'intégralité de sa dette au FMI, refuse ses rapports annuels d'évaluation économique et ne se prive pas de critiquer son action.

En 2010, le chef de la diplomatie argentine Hector Timerman avait jugé que le Fonds était d'une "absolue inefficacité".

Le FMI lui-même a esquissé un début de mea culpa. Son directeur général en 2001, le Français Michel Camdessus, a reconnu en 2011 que l'institution avait "probablement (fait, ndlr) beaucoup de bêtises" en Argentine.

En 2007, alors en campagne pour prendre la tête du FMI, Dominique Strauss-Kahn avait aussi admis que le Fonds faisait parfois figure de "diable" en Argentine et qu'il y avait des "raisons à cela".

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