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Benghazi: pointés du doigt, ces groupes radicaux qui montent en puissance

18/09/2012 12:28 EDT | Actualisé 18/11/2012 05:12 EST

Planifiée ou pas, l'attaque meurtrière contre le consulat américain à Benghazi illustre la montée en puissance de groupes islamistes radicaux en Libye, favorisée par l'instabilité dans le pays et le laisser-aller des nouvelles autorités.

La plus connue des factions est Katibat Ansar al-Charia (Brigade des partisans de la charia), une faction lourdement armée qui prône une application pure et dure de la loi islamique.

Elle a été pointée du doigt par la population et les médias aussitôt après l'attaque meurtrière du 11 septembre contre le consulat américain à Benghazi (est) qui a coûté la vie à l'ambassadeur et trois fonctionnaires américains.

Ansar al-Charia a rejeté les accusations dénonçant des "informations infondées".

Cette milice a été formée après la chute du régime de Mouammar Kadhafi (octobre 2011) et ses membres se sont rencontrés sur le front notamment dans l'est de la Libye.

"Nous ne nous sommes pas battus seulement contre Kadhafi mais aussi pour faire appliquer la charia en Libye", explique à l'AFP Youssef al-Jehani, chargé des relations extérieures du groupe.

Selon lui, la Brigade compte une centaine d'hommes. Elle est présentée comme le bras armé de l'Organisation islamique pour la prédication et la réforme, un groupuscule jusque là discret qui dit travailler dans le domaine caritatif.

M. Jehani a de nouveau nié toute implication du groupe dans l'attaque du consulat américain et démenti par ailleurs tout lien avec Al-Qaïda, affirmant que des membres de la Brigade s'étaient rendus sur les lieux après l'attaque pour "rétablir l'ordre".

Initialement mise sur le compte de manifestants en colère contre un film dénigrant l'islam produit et réalisé aux Etats-Unis, l'attaque résulterait plutôt d'une opération coordonnée, selon des responsables libyens et américains.

Survenue le jour du 11e anniversaire des attentats du 11-Septembre, elle a suscité une vague de condamnations internationales, en particulier des Etats-Unis qui ont déployé des drones au dessus de Benghazi et d'autres villes de l'est libyen.

Le survol de la ville a suscité des craintes en Libye.

Ainsi, Mohammed Abou Sedra, ancien prisonnier politique et négociateur avec les courants islamistes, craint que si la Maison Blanche trouve insuffisantes, les arrestations de suspects annoncées par Tripoli, elle pourrait ordonner des frappes contre la Libye dans un contexte électoral aux Etats-Unis.

"Maintenant, nous pouvons voir des drones de surveillance, mais peut-être que la prochaine fois ils seront armés", a-t-il estimé.

Près d'un an après la chute de l'ancien régime, l'attaque du consulat a illustré une fois de plus l'incapacité des autorités libyennes à assurer la sécurité dans le pays, où les milices d'ex-rebelles armés, dont des islamistes extrémistes, font la loi.

Plus grave encore, se sont les autorités qui font appel à ces groupes pour intervenir notamment dans des conflits tribaux ou pour surveiller des installations publiques.

Ainsi, Ansar al-Charia contrôlent deux hôpitaux à Benghazi, à la demande du conseil local, selon M. Jehani.

D'autres groupes salafistes ont même été intégrés au ministère de la Défense et contrôlent les installations militaires les plus importantes de l'est du pays, comme c'est le cas de la brigade de Raf Allah Sahati à Benghazi.

D'autres brigades comme "Bouclier de la Libye", influencées également par le courant salafiste, agissent sous le contrôle des autorités.

Tout récemment, les autorités ont reconnu que leurs organes de sécurité étaient "infiltrés" par des extrémistes, notamment après la destruction de mausolées musulmans dans l'ouest du pays le mois dernier.

A Benghazi, les islamistes radicaux ont été aussi pointés du doigt ces derniers mois après plusieurs attaques contre des intérêts occidentaux et des assassinats de responsables de la sécurité, sans aucune réaction des autorités.

dsg/ila/feb

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