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Un ministre tunisien déplore la gestion "calamiteuse" des violences

17/09/2012 11:11 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

Le ministre tunisien du Tourisme, Elyes Fakhfakh, a déploré lundi la gestion "calamiteuse" par les autorités tunisiennes de l'attaque de l'ambassade américaine à Tunis, tout en jugeant excessive la décision de Washington d'évacuer ses personnels non essentiels.

"Cette gestion n'a pas été à la hauteur de la Tunisie. Ces quatre morts, c'est vraiment une gestion calamiteuse de l'affaire. On aurait dû éviter ça si on avait bien cadré" les manifestants, a dit à l'AFP M. Fakhfakh, en visite à Paris pour rassurer sur son pays.

Des manifestants issus en majorité de la mouvance salafiste qui protestaient contre un film islamophobe ont attaqué vendredi l'ambassade des Etats-Unis à Tunis et saccagé l'école américaine. Quatre personnes sont mortes, dont trois tuées par balles, et des dizaines ont été blessées dans les affrontements avec la police.

"Il y a eu une réaction qui a été mal gérée, les forces de sécurité ont été débordées alors que c'était un événement qu'on aurait pu anticiper", a estimé sur RFI M. Fakhfakh, issu du parti de centre-gauche Ettakatol.

Mais cela ne remet pas en cause la participation d'Ettakatol au gouvernement, car "la Tunisie dans la phase actuelle a besoin d'un gouvernement d'union nationale", a-t-il affirmé devant la presse.

Il a jugé "un peu exagérée" la décision de Washington d'évacuer ses personnels non essentiels de Tunisie - même si son gouvernement "la respecte" - et déploré "des amalgames", la Tunisie étant placée au même niveau que le Soudan par Washington, qui a décidé de retirer de ces deux pays son personnel non essentiel.

"C'est à nous maintenant de tout faire pour rassurer les Etats-Unis, de donner les garanties aux Etats-Unis, aux touristes, à la population, que la sécurité est assurée. Une ligne rouge a été franchie, nous devons dire qu'on n'admettra plus cela", a dit M. Fakhfakh à l'AFP.

"C'est sûr que cela n'aide pas" à faire la promotion du tourisme en Tunisie, a-t-il concédé, tout en martelant que ces actes de violence "sont des épiphénomènes", "ils sont le fait d'un groupuscule marginal, en aucun cas représentatif de la Tunisie".

Comme lors de sa venue en juin à Paris, M. Fakhfakh a de nouveau déploré auprès de l'AFP que les médias français se focalisent autant sur ces violences, "de manière exagérée, sous un angle seulement", alors que selon lui d'autres pays comme "l'Allemagne ou la Grande-Bretagne ont un traitement médiatique plus équilibré".

M. Fakhfakh a relativisé la proportion de salafistes violents, qui sont "une toute petite minorité": "La Tunisie compte 12.000 salafistes dont entre 1.000 et 2.000 jihadistes", et "il n'y a quasiment pas d'incidents sur les touristes", a-t-il dit.

Quant à la situation du tourisme en Tunisie, "nous avons une bonne reprise: sur les 8 premiers mois nous avons près de 4 millions de touristes, contre 2,9 millions en 2011. En août, malgré le ramadan on a presque fait les chiffres de 2010. 700.000 Français sont venus depuis janvier", a dit M. Fakhfakh.

Après 7 millions de touristes en 2010 mais seulement 4,8 millions en 2011, l'objectif affiché par la Tunisie est de remonter à 6 millions en 2012, dont 1,1 million de Français. Elle espère ainsi récupérer la moitié des Français perdus après la révolution et le printemps arabe (1,4 million de Français venus en Tunisie en 2010, mais moins de 800.000 en 2011).

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