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Les Etats-Unis doivent "montrer la voie" dans le monde arabe (experts)

17/09/2012 01:36 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

Les violences dans le monde arabe contre Washington résultent d'un manque de "leadership" de l'administration Obama sur le conflit israélo-palestinien, dans une région où couve l'antiaméricanisme attisé par les guerres d'Irak et d'Afghanistan, soulignent des analystes.

Il faut donc, plaident ces experts, que les Etats-Unis "montrent la voie" dans les pays du Printemps arabe débarrassés de régimes autoritaires mais menacés par des groupes radicaux prêts à en découdre avec l'Amérique.

Une vague de violences antiaméricaines secoue le Proche-Orient, l'Afrique du Nord, mais aussi des pays d'Asie et d'Europe, en raison d'un film amateur américain islamophobe. En outre, l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye et trois autres Américains ont été tués dans une attaque le 11 septembre contre leur consulat à Benghazi.

Des spécialistes de la région redoutent que la crise n'empire sans une intervention plus ferme du président Barack Obama, qui se bat pour sa réélection. Son adversaire républicain Mitt Romney l'a d'ailleurs taclé, relevant que le Proche-Orient avait besoin d'un "leadership américain".

Dans le monde arabo-musulman, "il y a une méfiance bien enracinée qui s'est développée et un sentiment antiaméricain qui couve depuis des décennies", résume Salman Shaikh, directeur à Doha du centre de réflexion américain Brookings.

A ses yeux, la guerre en Irak, ordonnée en 2003 par l'ex-président George W. Bush et le processus de paix israélo-palestinien au point mort depuis deux ans ont fait beaucoup de mal aux relations entre les Etats-Unis et le monde arabe.

Pour M. Shaikh, la tentative par l'administration Obama de rouvrir ces pourparlers fut à la fois "défectueuse" et "faite par des amateurs".

La relance du dialogue direct israélo-palestinien était une priorité du mandat de M. Obama. L'objectif avait été atteint début septembre 2010 avant de capoter trois semaines plus tard, à la suite du refus d'Israël de prolonger le gel de colonies juives en Cisjordanie.

Les Etats-Unis plaident pour un Etat palestinien aux côtés d'Israël, dans les frontières de 1967, et au terme de négociations entre les deux parties.

Si les Etats-Unis "veulent rapidement modifier la manière dont ils sont perçus dans le monde arabe --et ce serait évidemment aux dépens d'Israël-- ils doivent être plus cohérents sur la question israélo-palestinienne", plaide M. Shaikh.

Les Américains doivent aussi continuer de soutenir la démocratisation et le développement des pays du Printemps arabe, à l'instar ce qu'ils avaient fait pour les Européens après la Seconde guerre mondiale.

Il est "essentiel de rester engagé en Libye et dans des pays en transition comme la Tunisie et le Yémen", insiste Brian Katulis, du Center for American Progress. "S'en aller en se disant +pourquoi dépenser autant de temps et d'argent dans des pays comme ceux-là+, ce serait écouter son mauvais instinct", avertit-il.

D'autant que "ce qu'on appelle le +basculement américain du Moyen-Orient (et de l'Europe) vers l'Asie-Pacifique+ signifie en fait +tourner le dos à ces pays+ et les laisser en pilotage automatique", critique Danielle Pletka, de l'American Enterprise Institute.

Il faut au contraire que les Etats-Unis aident économiquement l'Egypte ou la Libye, sous peine de voir prospérer la misère sociale et l'extrémisme religieux, rappelle M. Katulis.

"L'Amérique ne peut pas tourner le dos à ces pays. Nous devons élargir notre soutien", a assuré lundi le département d'Etat, relayant le message de Hillary Clinton exhortant les pays du Printemps arabe à "ne pas troquer la tyrannie d'un dictateur pour la tyrannie des foules".

Les spécialistes reconnaissent que ce mouvement historique de démocratisation du monde arabe a produit aussi "beaucoup de résultats négatifs", notamment "l'essor d'organisations radicales islamistes".

"Le renversement des régime autoritaires a libéré de violentes forces antiaméricaines qui étaient maintenues sous l'éteignoir", analyse Haim Malka, du centre de réflexion Center for Strategic and International Studies (CSIS).

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