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Les arts de l'islam se dévoilent au Louvre

17/09/2012 12:29 EDT | Actualisé 17/11/2012 05:12 EST

PARIS - PARIS (Sipa) — Un voyage à travers treize siècles sur trois continents: le nouveau département du Louvre consacré aux arts de l'islam présente toute la richesse et la complexité des civilisations traversées par l'art islamique, qu'elle soit musulmane ou chrétienne.

Inauguré mardi par le président François Hollande avant son ouverture au public samedi, ce huitième département du musée parisien abrite une collection de près de 3.000 pièces, dans un nouveau bâtiment protégé d'une verrière ondulée et mordorée, dans la cour Visconti.

Vingt-cinq ans après la pyramide de la Cour carrée, le Louvre repousse ses murs pour offrir une vision passionnante des arts de l'islam grâce à une scénographie très étudiée, didactique et interactive.

Ce "déploiement magnifique des arts de l'Islam, de l'Espagne jusqu'à l'Inde moghole" a nécessité dix ans de travail, impulsé par le président Jacques Chirac, a rappelé Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre. L'ancien chef de l'Etat a d'ailleurs découvert les lieux dimanche lors d'une visite privée.

"Il n'y a pas beaucoup de collections au monde qui puissent donner un aperçu aussi vaste et original sur cette civilisation", s'est félicité M. Loyrette, qui souhaite offrir une autre image de l'islam en ces temps politiquement agités.

Certains objets risquent surprendre, allant à l'encontre des clichés sur l'islam comme des bols à vin, des céramiques à visage humain ou représentant des animaux, et des poteries illustrées de mots d'amour. Quant au baptistère de Saint Louis utilisé pour baptiser les rois de France, il s'agit d'un bassin mamelouk du XIVe siècle.

"Des pièces essentiellement profanes", confirme Sophie Makariou, directrice du département des arts de l'islam, qui ne veut pas laisser la culture islamique aux "djihadistes". Ironie de l'histoire, beaucoup d'objets appartenaient aux trésors d'église en raison de "la fascination pour la qualité et la beauté de ces objets qui paraissent exceptionnels", selon Sophie Makariou.

Pour la première fois sont présentées au public des pièces imposantes comme les incroyables mosaïques de la mosquée de Damas, le porche mamelouk du XVe siècle d'une demeure cairote ou encore le mur de céramiques ottomanes qui a demandé près de deux ans de travail.

Dans ce "parcours organisé chronologiquement en quatre grands temps historiques allant de 632 à 1800", le visiteur se repère dans "l'histoire extrêmement complexe d'un monde islamique" qui s'étend de l'Europe, à l'Asie et au nord de l'Afrique, aidé par des cartes animées, souligne Sophie Makariou.

Treize siècles qui vont du premier califat installé à Bagdad, à l'Iran actuel, premier à se convertir à l'Islam, jusqu'aux Mamelouks et princes moghols ayant conquis l'Inde, périodes organisés sur deux niveaux, le premier en rez-de-chaussée sous l'incroyable verrière en mailles d'aluminium, conçue par les architectes Mario Bellini et Rudy Ricciotti laissant filtrer la lumière naturelle, et le deuxième niveau en sous-sol, creusé sous la cour Visconti, d'un seul tenant, fait de cimaises en béton noir.

Cette incroyable collection du Louvre, enrichie de pièces du musée des Arts décoratifs, bénéficie d'une scénographie particulièrement étudiée. Lumière naturelle dans la première salle du département, cimaises qui permettent de "tourner autour des oeuvres pour qu'on arrête de les réduire à de simples photographies, à des objets bidimensionnels", résume Sophie Makariou.

Le choix d'un espace sans rupture permet de montrer également la continuité dans les civilisations islamiques, enrichies les unes des autres, se répondant au fil du temps et des influences.

Pour les néophytes, de nombreuses animations multimédia permettent de mieux comprendre par exemple le site où ont été découvertes les mosaïques à fond d'or de Damas. Des animations sonores donnent à entendre des poèmes dans les trois langues utilisant l'écriture arabe, à savoir l'arabe, le persan et le turc ancien.

Ce nouveau département a nécessité près de cent millions d'euros dont 60 millions de mécénat, notamment de pays arabes et de la fondation du prince saoudien al-Walid ben Talal et du roi Mohammed VI du Maroc. Des mécènes qui n'ont eu aucun mot à dire dans la conception des salles, assure-t-on au Louvre.

- Musée du Louvre, département des arts de l'Islam:

tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi et le 1er janvier. Nocturne jusqu'à 21h45 mercredi et vendredi.

Entrée: 11 euros (billets entrée des collections permanentes), gratuit pour les moins de 18 ans, les moins de 26 ans résidant de l'UE, et le premier dimanche du mois.

Sur le Net: www.louvre.fr

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