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Le rôle du crime organisé bientôt sous la loupe de la commission Charbonneau

17/09/2012 01:37 EDT | Actualisé 16/11/2012 05:12 EST

Un texte de François Messier

Les audiences publiques de la commission Charbonneau ont repris lundi avec un cours magistral de plus de quatre heures sur le fonctionnement de l'industrie de la construction au Québec.

Le directeur de la recherche à la Commission de la construction du Québec (CCQ), l'économiste Louis Delagrave, a livré un témoignage didactique couvrant les caractéristiques de l'industrie, ses principaux acteurs et les lois et règlements qui l'encadrent.

Cette intervention, qui n'a donné lieu à aucune révélation, prépare le terrain pour de prochains témoignages, qui porteront bel et bien sur la possible infiltration de l'industrie par le crime organisé italien et les motards criminalisés.

L'ex-agent vedette du FBI Joseph Pistone, l'homme qui a infiltré le clan mafieux new-yorkais Bonanno à la fin des années 70 sous le pseudonyme Donnie Brasco, n'a pas été appelé à la barre des témoins, comme cela avait été annoncé par Radio-Canada.

Ni la juge Charbonneau ni les procureurs de la commission n'ont voulu confirmer que M. Pistone témoignera d'ici peu.

Sans faire explicitement référence à ce dernier, la juge Charbonneau a précisé dans son discours d'ouverture que plusieurs des témoins à venir seront protégés pour des raisons de sécurité, et a demandé « candidement » aux médias de ne pas publier leur nom à l'avance.

La juge Charbonneau a d'ailleurs indiqué que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a demandé et obtenu le statut d'intervenant à la commission. Il pourra ainsi alerter la commission dans les cas où les enquêtes policières et les poursuites qui pourraient en découler seraient compromises.

La mafia dans la ligne de mire

En lever de rideau, la juge Charbonneau avait confirmé que les travaux automnaux de la commission porteraient principalement sur l'infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction. La question de l'infiltration des syndicats sera couverte ultérieurement.

La commission, a précisé France Charbonneau, veut d'abord savoir comment et pourquoi le crime organisé infiltre le milieu de la construction ailleurs dans le monde avant de se pencher sur le cas du Québec.

Les commissaires entendront d'ailleurs mardi le témoignage de la criminologue italienne Valentina Tenti, qui termine un postdoctorat à Montréal sur les organisations criminelles italiennes.

Il sera notamment question des méthodes utilisées par la Cosa Nostra (mafia sicilienne), la 'Ndrangheta (calabraise) et la Cammora (napolitaine) pour infiltrer l'économie légale.

Des enquêteurs de la police de York [NDLR : territoire situé au nord de Toronto], de la GRC et de la Sûreté du Québec doivent aussi venir témoigner au cours des prochains jours, a annoncé la procureure Sonia Lebel, qui dirigera ces interrogatoires.

« Le crime organisé n'attaque pas le système. Il l'utilise, exploite ses vulnérabilités, saisit ces opportunités. Il ne les crée pas », a dit la procureure Lebel, en précisant que « l'infiltration et le contrôle de l'économie légale peuvent prendre plusieurs formes ».

Selon elle, « le partage des contrats, les ententes, les cadeaux ne sont en fait que la façon de faire des affaires » préconisée à l'heure actuelle.

Au total, une cinquantaine de témoins seront entendus par la commission au cours de l'automne.

Plusieurs études en cours

L'attribution de contrats pour des trottoirs, des égouts et l'asphaltage par la Ville de Montréal seront également scrutés à la loupe cet automne, a aussi fait savoir la juge Charbonneau. Des témoins viendront dire que des fonctionnaires ont été soudoyés et que des partis politiques ont profité de ces contrats, a-t-elle dit.

La présidente de la commission d'enquête a aussi révélé que les enquêteurs de la commission procèdent actuellement à des études sur les états financiers des partis politiques à Montréal et à Laval. Des témoins viendront d'ailleurs parler du rôle de certains élus de ces deux villes, a indiqué France Charbonneau.

Des enquêtes sont aussi en cours sur le phénomène des consortiums constitués par les firmes de génie, et sur des cas de violence rapportés dans des chantiers de plusieurs régions du Québec, notamment en Côte-Nord, en Abitibi, à Trois-Rivières, en Estrie et à Québec. La commission a émis plusieurs subpoenas, a dit la juge.

La commission d'enquête tient ses audiences publiques au 9e étage d'un immeuble gouvernemental situé au 500, boulevard René-Lévesque Ouest, à Montréal. Les audiences ont lieu du lundi au jeudi, trois semaines sur quatre.

Pour me joindre :
francois.messier-nm@radio-canada.ca

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