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Un bunker-galerie d'art de Berlin fait peau neuve

16/09/2012 02:08 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Les collectionneurs d'art Christian et Karen Boros rouvrent au public à partir de lundi leur bunker berlinois de la seconde Guerre mondiale transformé en galerie pour y présenter quelques unes de leurs 700 oeuvres d'artistes contemporains.

En plein coeur de Berlin, à quelques centaines de mètres de la gare de Friedrichstrasse, cet immense et lugubre cube de béton est devenu depuis quatre ans l'une des attractions artistiques les plus courues de la capitale allemande.

En mai 2008, une première sélection d'oeuvres de la collection privée avait été exposée, attirant quelque 120.000 visiteurs, jusqu'à sa fermeture il y a quelques mois pour tout changer.

"Cela a été une décision difficile à prendre" car les artistes étaient le plus souvent venus eux-même installer leurs créations dans ce lieu atypique, a expliqué Karen Boros, jeudi, lors de la présentation à la presse de la nouvelle exposition.

"Mais nous nous sommes dit que si on devait changer quelque chose, autant tout changer", a-t-elle ajouté.

Mme Boros et son mari, né en Pologne, mais qui a fait fortune dans la communication en Allemagne de l'ouest, se sont replongés dans leur collection pour sélectionner les oeuvres qu'ils voulaient offrir au yeux du public. Toutes sont d'artistes ayant des attaches avec Berlin.

"L'oeuvre la plus ancienne date de 1990 et la plus récente a 6 heures. Thomas Zipp, qui a la clé du bunker, est venu l'installer pendant la nuit", a confié Christian Boros, fier de sa proximité avec les créateurs qu'il soutient.

"Les artistes n'en ont pas rien à faire de la façon dont leurs oeuvres sont exposées", a souligné M. Boros, surtout "dans un lieu d'exposition qui est loin d'être optimal, comme le bunker".

Mais ce lieu chargé d'histoire(s) ajoute sans conteste une aura supplémentaire.

Construit en 1942 selon des plans d'Albert Speer, l'architecte attitré d'Adolf Hitler, ce bâtiment, prévu pour recevoir 2.500 personnes lors des bombardements aériens de la seconde Guerre mondiale, a été racheté en 2003 par le couple Boros qui s'est fait construire un vaste logement sur le toit.

La grande bâtisse grise avait aussi servi de prison pour l'occupant soviétique pendant deux ans après la guerre. Il fut ensuite affublé du sobriquet de "Bananen Bunker" sous la RDA, car on y stockait les fruits tropicaux de Cuba offerts au pays frère par Fidel Castro, a raconté le maître des lieux.

Après la chute du mur de Berlin, il était devenu l'un clubs techno les plus prisés de la capitale.

C'était probablement aussi "la discothèque la plus bruyante au monde", a indiqué M. Boros, ses murs en béton de plusieurs mètres d'épaisseurs, sans fenêtres, et son plafond bas faisant caisse de résonance, dans une atmosphère totalement enfumée.

Des clichés de Wolfgang Tillmans qui a photographié la faune qui peuplait alors les cinq étages du "Banana Bunker" - ou plus simplement "Le Bunker" -, font revivre cette âge d'or.

Parmi les 23 artistes exposés à partir de lundi, figurent d'autres noms connus comme le Danois Olafur Eliasson - déjà là lors de la première expo - ou l'artiste chinois contestataire Ai Weiwei, même si le propriétaire des lieux précise qu'il a acheté ses oeuvres - en l'occurence un arbre de 6 mètres de hauteur - pour leur valeur artistique et non en raison de son engagement politique.

Photos, peintures, sculptures... Choisir les 130 pièces a parfois été délicat. "Quand on collectionne de l'art en couple, on collectionne en fait à trois: moi, ma femme et nous deux", a plaisanté Chistian Boros. Ainsi, l'installation "Teenage room" de la suédoise Klara Liden, créée pour la Biennale de Venise en 2009 divise le couple: "ma femme l'adore alors que moi je ne l'aime pas du tout".

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