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Les immigrées africaines ou asiatiques au Liban ont aussi prié avec le pape

16/09/2012 08:13 EDT | Actualisé 16/11/2012 05:12 EST

Philippines, Sud-Soudanaises, Sénégalaises ou encore Camerounaises, elles sont quelques centaines d'employées de maison venues dimanche assister à la messe à Beyrouth pour communier avec le pape Benoît XVI, une chance qu'elles n'auraient ratée à aucun prix.

Les abus dont sont victimes certaines employées de maison au Liban sont régulièrement dénoncés par les médias et les organisations de défense des droits de l'Homme, valant au petit pays méditerranéen une fâcheuse réputation.

Mais dimanche, dans une atmosphère bon enfant mêlant mélodies africaines et danses folkloriques, ces travailleurs immigrés étrangers, venus en groupes, ont applaudi le pape avec la même ferveur que les Libanais lors de la messe en plein air sur le front de mer, un des moments forts de la visite du souverain pontife.

Au milieu d'une marée blanche, couleur des T-shirts et des casquettes portés par les fidèles, beaucoup d'entre eux agitaient les drapeaux de leurs pays et du Vatican en applaudissant en cadence.

Un Sud-Soudanais brandit fièrement le drapeau de sa jeune patrie créée en 2011, un autre tient une pancarte sur laquelle on pouvait lire "Nous espérons que vous allez visiter notre nouveau pays, le Soudan du Sud, pour avoir votre bénédiction. Pape, nous vous aimons".

"Je suis tellement contente, c'est la première fois que je vois le pape", s'exclame Derly, une domestique philippine de 30 ans, une petite croix dorée au cou.

"Je vais prier pour ma famille que je n'ai pas vue depuis deux ans", dit-elle, résumant le calvaire de la séparation que connaissent beaucoup d'entre elles venues d'Asie ou d'Afrique.

Si beaucoup sont bien traitées, d'autres sont des "esclaves": elles sont battues, humiliées, voire privées de nourriture et se voient confisquer leur passeport dès leur arrivée par leurs employeurs.

Un décret gouvernemental de 2009 contraint les employeurs à verser les salaires dans leur intégralité et à accorder un jour de congé hebdomadaire, mais très peu respectent ces conditions. Si bien que l'Ethiopie, les Philippines et Madagascar ont interdit à leurs ressortissants de travailler au Liban. Mais beaucoup contournent la restriction et arrivent par un pays tiers.

"J'aurais tellement aimé que ma famille soit avec moi pour partager ce moment, mais les Philippines c'est bien loin et notre pays a imposé des restrictions à cause des abus", affirme Joy, 43 ans, le sourire éclatant sous une banderole sur laquelle on peut lire "Philippines love Benedict XVI".

"Dimanche est notre jour congé, mais même si on ne me l'avait pas accordé je serais venue quand même!", lance une autre de ses compatriotes.

Mary, portant un T-shirt du Centre pour les travailleurs immigrés africains et asiatiques qui apporte de l'aide aux victimes d'abus, ne tient pas en place: "je suis venue voir le pape pour avoir sa bénédiction, ici on se sent en communion avec le monde entier", dit cette Philippine qui s'est mariée à un Libanais.

Joséphine, une Sénégalaise de 20 ans, renchérit: "Cela me fait du bien, cela me donne de la joie d'être ici avec les Libanais". "Eux chantent, nous chantons, nous ressentons une complicité", ajoute la jeune fille, la tête ceinte d'un bandana blanc.

"On veut juste qu'il nous acceptent tels que nous sommes", poursuit-elle, alors que beaucoup dénoncent un racisme au sein de la société libanaise.

Un des exemples choquant est la décision de certains clubs d'interdire à des Africaines ou Asiatiques de nager dans leurs piscines, sous prétexte que certains clients s'en sentiront "incommodés".

Mais Raymond Aoun, un commerçant chrétien libanais participant à la messe parmi ces employées, est ravi. "Aujourd'hui, avec le pape, nous sommes une même communauté".

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