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Le Floch-Prigent, des plus grandes entreprises à la prison (PORTRAIT)

16/09/2012 05:32 EDT | Actualisé 16/11/2012 05:12 EST

Loïk Le Floch-Prigent, 68 ans, arrêté à Abidjan et extradé vers le Togo pour une affaire d'escroquerie, est un ancien grand patron socialiste qui a passé plusieurs années en prison pour avoir détourné des fonds à la tête de l'ancien géant pétrolier Elf.

Breton barbu aux yeux bleus, apparaissant costaud au temps de sa réussite, il se déclarait brisé, en 2003, par plusieurs mois de détention et apparaissait fébrile devant les juges, très affaibli moralement, niant inlassablement les malversations financières qu'on lui reprochait.

Il se disait victime d'une machination. Il avait été condamné en 2003 à cinq ans de prison pour abus de biens sociaux dans le volet principal du dossier Elf, impliquant près de 305 millions d'euros de détournements. D'autres condamnations suivront.

En liberté conditionnelle depuis avril 2004 après plus de 19 mois de détention dans les affaires financières d'Elf, il avait dû, en septembre 2010 retrouver quelques mois cette prison qu'il ne supportait pas.

Il avait été libéré avec trois ans d'avance en avril 2004. L'ex-PDG de grandes sociétés publiques françaises, Rhône-Poulenc (1982-1986), Elf Aquitaine (1989-1993), GDF (1993-1995) et la SNCF (1995-1996) invoquait alors un psoriasis touchant plus de 80 % de son corps et nécessitant des visites régulières à l'hôpital, ainsi qu'une pathologie cancéreuse.

Libéré, déchu de la Légion d'honneur, il s'offusquait d'avoir été le seul patron d'Elf poursuivi et vivait mal d'être retombé si durement et de voir ses anciens amis lui tourner le dos.

Il est vrai que Loïk Le Floch-Prigent, depuis son début de carrière en 1969, n'avait pratiquement fréquenté que les ors de la République et les plus importants présidents d'entreprises.

En 2006, se prétendant ruiné, saisi par le fisc et entretenu par son épouse, il dressait un tableau misérable : "Je vis essentiellement sur les revenus de mon épouse. Le peu que je possédais a été saisi et les huissiers scrutent en permanence des comptes vides. On ne me laisse pas vivre. Ma retraite? Je ne peux pas la toucher parce que Total (ndlr, qui a racheté Elf en 1999) veut la saisir", déclarait-il alors à l'hebdomadaire français Le Nouvel Observateur.

M. Le Floch-Prigent avait écrit en 2006 un livre de témoignage, "Une incarcération ordinaire". Il y dressait un catalogue des brimades et humiliations subies en prison, formulait un réquisitoire contre le système carcéral "qui date du XIXe siècle" et, avec un regard "d'ancien responsable industriel", suggérait une remise en question de la prison.

Il disait récemment avoir tourné la page du scandale, étant devenu consultant dans le pétrole, voyageant notamment à Brazzaville, Abidjan, Addis Abeba et Dubaï, mais aussi en Italie et en Europe de l'Est.

Il vient de publier un roman policier, rédigé en prison, dont l'action se déroule en Bretagne, sa région d'origine.

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