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La méfiance au menu pour la rentrée parlementaire à Ottawa lundi

16/09/2012 11:22 EDT | Actualisé 16/11/2012 05:12 EST

OTTAWA - Le gouvernement et l'opposition officielle à Ottawa se dévisagent avec méfiance à l'aube de la rentrée parlementaire de lundi qui s'annonce orageuse avec l'introduction d'un second projet de loi de mise en oeuvre du budget.

Le souvenir de C-38, le dernier projet pour concrétiser le budget, baptisé par plusieurs de «projet mammouth», plane encore sur la colline parlementaire.

La brique législative de plus de 400 pages — qui modifiait 70 lois et contenait des changements non liés au budget — a marqué la dernière session et a été la cause de nombreuses et inhabituelles protestations.

Le gouvernement promet un autre projet de mise en oeuvre du budget pour l'automne.

Il sera d'ailleurs la pierre angulaire du programme législatif de la session, promet le leader du gouvernement en Chambre, Peter Van Loan.

Car celui-ci est nécessaire pour garder le cap sur la croissance économique et la création d'emploi, qui — sans surprise — sont les priorités du gouvernement pour l'automne, a déclaré M. Van Loan en entrevue.

Il visera à concrétiser les mesures du budget de mars qui n'ont pas été inclues dans C-38. Des crédits d'impôts pour la création d'emploi dans les petites entreprises seront notamment proposés, a précisé M. Van Loan. On pourrait y voir aussi des changements aux régimes de pension des parlementaires et des fonctionnaires fédéraux.

Considérant le tollé soulevé chez l'opposition lors du dépôt de C-38 — et aussi suite au refus du gouvernement d'y apporter n'y serait-ce qu'un seul amendement — M. Van Loan s'attend à devoir en découdre avec les députés de l'opposition.

«On a vu des signes déjà qu'ils veulent continuer à jouer des jeux politiques», prévient-il.

Pourtant, l'économie et la création d'emplois ont aussi été cités comme les priorités du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Accord sur le fond, mais pas sur la manière semble-t-il.

Car le NPD a aussi l'intention d'exiger du gouvernement qu'il rende des comptes aux Canadiens sur sa façon de mener ses affaires, a insisté la whip en chef, Nycole Turmel.

Son parti reprendra le flambeau pour dénoncer les changements à l'assurance-emploi, à l'âge requis pour bénéficier de la sécurité de la vieillesse et aux abolitions de postes dans la fonction publique fédérale. Elle espère ainsi que le gouvernement reviendra sur certaines de ces décisions.

Et elle croit que malgré les longues vacances estivales, les Canadiens se souviennent très bien de l'attitude des conservateurs qui ont refusé tout changement à C-38.

Mais les conservateurs rentrent au Parlement avec une avance de sept points sur le NPD dans les intentions de vote, selon le dernier sondage La Presse Canadienne-Harris/Decima. Les conservateurs ont été désignés par 34 pour cent des répondants, alors que 27 pour cent ont choisi le NPD, 24 les Libéraux et 6 pour cent le Bloc québécois.

Au Québec toutefois, le NPD mène toujours le bal avec 31 pour cent des intentions de vote, contre 25 pour le Bloc, et 15 pour cent pour les conservateurs.

Le sondage a été mené du 30 août au 10 septembre et avec plus de 2000 répondants, il comporte une marge d'erreur de 2,2 pour cent, 19 fois sur 20.

Le gouvernement Harper dit aussi vouloir s'employer à rendre les rues plus sécuritaires et à continuer sa réforme du système d'immigration. De nouveau projets de lois seront déposés, mais d'autres attendent déjà patiemment aux Communes d'être priorisés par le gouvernement.

Le projet de loi sur la réforme du Sénat, celui pour accélérer le renvoi des criminels étrangers et le projet visant la protection des enfants contre les cyberprédateurs sont du nombre.

Parmi les projets de loi déjà déposés et autres mesures devant le parlement, une inquiète particulièrement Mme Turmel: la motion du député conservateur Stephen Woodworth sur la définition d'un être humain. Elle souligne que celle-ci remet en question le droit à l'avortement. Et que même si le gouvernement Harper dit ne pas vouloir rouvrir ce dossier, il a tout de même permis qu'il fasse l'objet d'un débat en septembre.

La suspicion semble d'ailleurs au menu pour la rentrée parlementaire.

«On a vu beaucoup de petits jeux politiques à la fin (de la dernière session) et franchement, les signes que nous recevons de l'opposition semblent suggérer qu'ils veulent continuer à jouer à des jeux plutôt que de discuter des politiques», a pour sa part commenté M. Van Loan.

Le NPD est particulièrement visé par ses propos. Il serait «intéressé à être aussi obstructif que possible», juge le leader en Chambre. «On aura probablement une session plus difficile cet automne (que ce que j'espérais).

La méfiance est partagée.

«On espère toujours qu'ils (les conservateurs) soient plus conciliants mais l'année qui vient de passer ne nous a pas démontré leur capacité ou leur volonté d'écouter les Canadiens», a déclaré Mme Turmel.

L'automne sera aussi témoin de la course au leadership du Parti libéral fédéral, qui sera officiellement lancée le 14 novembre.

Une course qui pourrait tenir occupé plus d'un député et les distraire des affaires parlementaires. Donnera-t-elle un petit peu de répit au gouvernement? M. Van Loan n'en est pas certain.

«C'est dur à prédire. Les courses au leadership deviennent parfois une occasion pour les différentes campagnes d'essayer de se démarquer et de prendre des positions extrêmes ou ridicules», a-il commenté.

Vu ses appréhensions quant au NPD, M. Van Loan croit que son plus grand défi de l'automne sera de réussir à faire fonctionner la Chambre des communes de «façon productive». Pour Mme Turmel, il s'agira plutôt de s'assurer que les Canadiens soutiennent le NPD dans son rôle de chien de garde.

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