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Dans le Missouri, un nouveau "Troy Davis" attend dans le couloir de la mort

16/09/2012 02:25 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Un an presque jour pour jour après l'exécution controversée de Troy Davis en Géorgie, Reggie Clemons, un Noir de 40 ans dont 19 dans le couloir de la mort du Missouri, espère dès lundi prouver son innocence du meurtre de deux jeunes filles blanches qu'il nie avoir commis.

L'affaire de Reggie Clemons présente plusieurs similarités avec le cas de Troy Davis, ce Noir mis à mort le 20 septembre 2011 pour le meurtre d'un policier blanc, en dépit de nombreux doutes sur sa culpabilité.

"C'est comme une liste de toutes les choses les plus horribles qui peuvent se passer dans une affaire de peine capitale", a déclaré à l'AFP Laura Moye, directrice d'Amnesty International-USA.

Dans une décision très inhabituelle, un juge spécial de Saint-Louis, Missouri (centre), réexaminera à partir de lundi, lors d'une audience de trois à cinq jours, la condamnation à mort de Reggie Clemons, après la mobilisation de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme.

"Cette audience doit finalement déterminer si Reggie Clemons doit vivre ou mourir", a plaidé Laura Moye.

Reggie Clemons a été reconnu coupable en 1993 du meurtre de deux soeurs de 19 et 20 ans noyées dans le Mississippi deux ans plus tôt. Il se trouvait alors avec trois camarades, dont deux noirs, sur le pont Chain of Rocks qui enjambe le fleuve, rendez-vous nocturne des jeunes de Saint-Louis. Au même endroit, Thomas Cummins se promenait avec ses deux cousines blanches comme lui. Quand les deux soeurs, Julie et Robin Kerry, ont disparu dans les eaux, Cummins a reconnu être responsable de leur mort, avant d'accuser les quatre camarades, selon des documents de justice.

A l'issue d'un procès que les organisations des droits de l'homme disent entaché d'irrégularités, les trois Noirs, qui ont toujours nié le double meurtre, étaient condamnés à mort. L'un a été exécuté en 2005, l'autre a vu sa peine commuée en perpétuité en raison d'un retard mental, et le troisième, Reggie Clemons, attend son exécution. Le quatrième compère, blanc, a plaidé coupable et bénéficié d'une peine plus légère en échange de son témoignage contre ses trois compagnons.

"Nous savons que des erreurs se produisent régulièrement dans des affaires de peine de mort et que des innocents sont exécutés", a déploré Laura Moye. Il y a un an, "Troy Davis est allé à la mort en Géorgie (sud-est) parce que le système judiciaire n'avait pas réussi à examiner de manière convenable les doutes soulevés par sa condamnation".

Comme Troy Davis, à la même époque, Reggie Clemons a été condamné à mort largement sur les dépositions de témoins et sans aucune preuve matérielle.

Des prélèvements relatifs au viol présumé des deux victimes seront pour la première fois présentés cette semaine à l'audience.

Comme Troy Davis, Clemons, un Noir, a été condamné pour le meurtre de personnes blanches, dans un contexte de fort racisme et de brutalités policières lors des interrogatoires.

"Je me souviens de la police me frappant à la poitrine et cela me faisait très peur", a confié Clemons au Guardian. "Pendant qu'ils me frappaient, ils me disaient ce qu'ils voulaient que j'avoue". L'accusé a avoué le viol d'une victime, avant de dénoncer ces violences policières et retirer sa confession.

Comme Troy Davis, les accusés ont souffert d'une défense déficiente et d'un jury à majorité blanche. Clemons avait en outre un procureur très agressif qui l'a dépeint comme un "tueur en série alors qu'il n'avait aucun casier judiciaire" au moment du meurtre, selon Amnesty.

A l'issue de cette ultime audience, le juge spécial doit faire une recommandation à la Cour suprême du Missouri. C'est elle qui, en dernier ressort, fixera le sort de Clemons, qui a épuisé tous ses appels et a déjà vu son exécution suspendue à la dernière minute en 2009.

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