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Michelle Allen, "showrunner" québécoise, passe les scénarios au scalpel

15/09/2012 09:21 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Loin de certains "showrunners" américains vus comme des dieux-vivants, Michelle Allen, qui exerce au Québec cette profession de scénariste-producteur encore peu connue en France, cultive la simplicité et se définit comme celle qui assure "la continuité artistique d'une série" télé.

"Quand on ne m'appelle pas avant de couper un texte, je chiale !". Directe et expressive, Michelle Allen compte plus d'une quinzaine de séries et des centaines d'heures écrites pour la télévision québécoise. Elle estime qu'un "réalisateur qui coupe un texte sans l'auteur, ça n'a aucun sens !".

"On a passé des semaines à écrire un texte, on connaît chaque articulation, on sait pourquoi telle réplique est là et pas ailleurs", explique-t-elle, attablée à une terrasse de La Rochelle, dans l'ouest de la France, où elle a été invitée par le festival de la fiction TV. Sa série "Vertige" est en compétition.

Appelée sur le plateau jusqu'aux derniers moments du tournage, lorsque le réalisateur n'a plus le temps de filmer toutes les scènes prévues, Michelle doit alors intervenir sur le texte pour l'adapter et donner son avis sur ce qui pourra être abandonné ou pas. Il faut aussi savoir gérer les imprévus, comme cette actrice soudainement indisponible après avoir fait une fausse-couche.

"C'est un compromis entre les besoins techniques et les besoins narratifs", résume celle qui exerce son métier à Montréal.

"En même temps, il faut se montrer souple. Si, en tant qu'auteur, tu dis +C'est mon univers et je ne change rien+, ne fais pas de télé ! Plus je fais preuve de souplesse, plus j'ai du pouvoir. Mon avis compte, comme celui du réalisateur et du producteur", analyse cette ancienne étudiante en médecine.

Adossée au producteur André Dupuy, de la société Pixcom, elle entame cette année la sixième saison de "Destinées", un téléroman, comme on dit au Québec, dont elle a écrit les 150 épisodes en collaboration avec deux autres scénaristes. Trois réalisateurs différents opèrent derrière la caméra.

"Le showrunner n'est pas la solution à tout. Cette notion n'a de sens que quand il y a des équipes (de scénaristes et de réalisateurs, ndlr). C'est le seul qui suit le projet du début à la fin", juge Michelle Allen.

"Mon mandat est d'assurer la continuité artistique d'une série, la cohérence des personnages, de faire les ajustements. C'est moi qui revois toutes les versions finales des scénarios, je participe aux castings, au choix des décors, des costumes", détaille-t-elle sans toutefois "se prononcer sur chaque robe".

Ce qui est sûr, admet Michelle, "c'est que je travaille plus, mais je ne peux pas abandonner mon texte juste comme ça, après l'avoir écrit. Toutes les modifications sur le texte, c'est moi qui les valide".

En amoureuse des mots, elle estime que c'est "un vrai bonheur de faire de l'ellipse, de raccourcir ses textes".

Cet accès au budget et ce droit de décision sont ses attributs de producteur.

"Les showrunners américains, c'est plus que ça !", assure celle qui ne se verrait pourtant pas travailler aux Etats-Unis, où les scénaristes de base sont "pressés comme des citrons" puis remplacés.

Michelle avoue néanmoins une admiration pour des séries américaines emblématiques comme "Six feet under" (Alan Ball) ou "The Wire" (David Simon), oeuvres de showrunners considérés outre-Atlantique comme des dieux-vivants.

Cette pratique héritée des Etats-Unis provoque parfois des débats en France, comme cette semaine à La Rochelle, sur l'opportunité de copier ce modèle dans un contexte d'industrialisation des séries télé.

Pour certains, la fonction de showrunner est déjà occupée par le producteur artistique et existe sur des séries comme "Plus belle la vie" ou "Un village français", pour d'autres, le besoin de formation est criant.

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