Lorsque l'heure cruciale a sonné, la LNH et l'Association des joueurs étaient bien loin de la table des négociations.

Les deux parties n'ont même pas tenté de conclure une entente de dernière minute avant que la convention collective ne vienne à échéance samedi à minuit, ce qui signifie que la ligue pourrait décréter un lock-out d'ici quelques heures.

Il s'agirait d'un quatrième conflit de travail en 20 ans pour la LNH.

D'ailleurs, l'adjoint au commissaire Gary Bettman, Bill Daly, avait affirmé qu'il ne s'attendait pas à ce que des négociations formelles se déroulent samedi.

La ligue a rappelé qu'elle avait clairement informé l'AJLNH, dès novembre, qu'elle n'était pas désireuse de négocier au-delà de l'actuel contrat de travail.

Les parties ont discuté ensemble pour la dernière fois, mercredi, chacune procédant au dépôt d'une proposition. Le commissaire Bettman a indiqué qu'il s'attend à ce que la prochaine initiative vienne du syndicat.

«Nous avons soumis la dernière offre et nous n'avons pas reçu de réponse formelle, a affirmé Bettman, jeudi. J'espère en obtenir une qui enverrait le message que nous avons réalisé un autre pas vers l'avant, et qui nous permettrait de reprendre les pourparlers.»

Samedi matin, Daly et le conseiller du directeur exécutif de l'AJLNH Donald Fehr, son frère Steve Fehr, devaient s'entretenir ensemble afin de soupeser la pertinence d'une rencontre face-à-face.

Les conséquences négatives d'un lock-out seront ressenties sur-le-champ. Les premiers matchs présaison doivent être annulés, dès la semaine prochaine, et la possibilité que le calendrier s'ébranle à la date prévue du 11 octobre diminuera à chacune des journées qui va s'écouler.

Au cours du lock-out qui a provoqué l'annulation de la saison 2004-05, la ligue et les équipes ont décidé de licencier des employés. Samedi, Daly a déclaré que la LNH n'envisage pas «à ce stade-ci» de procéder à une réduction de personnel.

On s'attend à ce qu'un certain nombre de joueurs soient tentés d'offrir leurs services à des équipes européennes ou de la Ligue Continentale (KHL), en Russie. La Suisse, la Suède et la Finlande seront fort probablement également des destinations prisées.

Les joueurs ne doivent pas recevoir le premier de leurs 13 chèques de paie cette saison avant le 15 octobre. Il n'y a pas de plan à brève échéance afin qu'ils reçoivent une allocation du syndicat.

Même les principaux acteurs des négociations cesseront d'être payés. Bettman et Daly ont tous deux indiqué qu'ils renonceront à leur salaire tandis que Fehr n'encaisse plus ses chèques de paie depuis le début de juillet, en guise de solidarité avec les membres qu'il représente.

Les parties ne s'entendant pas quant au partage des revenus annuels de 3,28 milliards $ de la LNH, toutes deux déplorent les dommages collatéraux que le sport subira advenant un autre arrêt de travail.

«Le hockey est sur le point d'entrer dans une ère de changements fondamentaux, a avancé Fehr. La question est de savoir si le conflit que nous nous apprêtons à vivre va tout saborder. Si ça devait être le cas, ce serait malheureux et regrettable. Nous devrions tout faire en notre possible pour l'éviter.»

Ces dernières semaines, on a tassé des pourparlers toutes les questions secondaires afin de se concentrer uniquement sur la structure économique de la ligue.

La LNH fait valoir qu'elle débourse trop d'argent en salaires et elle a proposé de nouveaux paramètres comme élément de solution. Les propriétaires veulent diminuer la part de revenus des joueurs de 57 à 49 pour cent dès la saison prochaine. La part baisserait à 47 pour cent à la dernière année d'une entente éventuelle de six ans.

Le syndicat a déposé une offre assortie d'un plafond salarial fixe, majoré de deux, de quatre et de six pour cent, respectivement, au cours des trois prochaines années. On reviendrait à un système de partage, basé sur le pourcentage, pour les deux dernières années de l'entente.

De part et d'autre, on s'est interrogé à savoir si l'autre partie est réellement désireuse d'éviter un lock-out.

Le dernier lock-out d'une durée de 301 jours, il y a huit ans, s'était mal terminé pour les joueurs qui avaient été contraints d'accepter l'imposition d'un plafond salarial, en plus d'une baisse de salaire de 24 pour cent.

Avec le recul, les joueurs ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu, si on considère que leur salaire moyen a augmenté de 2,45 millions $ au cours des sept dernières années.

«Il s'avère en fait qu'elle (l'entente) a été plus équitable qu'elle aurait peut-être dû l'être», a déclaré Bettman.

Et voilà que la LNH se prépare à vivre un quatrième arrêt de travail en deux décennies.

Une grève de 11 jours en avril 1992 a entraîné l'annulation de 30 matchs, avant qu'un lock-out de 1003 en 1994-95 provoque l'annulation de 468 rencontres, tout en repoussant le début de la saison au 20 janvier 1995.

Le lock-out de 2004 a commencé le 16 septembre et il a pris fin le 13 juillet l'année suivante — avec comme résultat que la LNH est passée à l'histoire comme étant la première grande ligue professionnelle à perdre une année complète d'activités en raison d'une dispute contractuelle.