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Les proches des otages français du Niger décident de médiatiser leur combat

15/09/2012 10:05 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Longtemps dans le silence "pour ne pas gêner les négociations", les proches des quatre otages français retenus au Sahel depuis deux ans, presque jour pour jour, ont choisi samedi de médiatiser leur combat pour faire revenir au plus vite les leurs.

Familles et amis, vêtus de t-shirts floqués d'un "On ne vous oublie pas", ils étaient plusieurs dizaines, réunis samedi à Meudon-la-Forêt, près de Paris, où est domicilié l'otage Thierry Dol, pour planter un "arbre de la liberté". Ils répondaient ainsi à l'appel lancé par les quatre otages dans une vidéo datée du 29 août, mise en ligne par un site d'information mauritanien.

"Ceux de l'autre côté, c'est à ceux-là que je m'adresse en premier", a lancé Mireille Blain, porte-parole des familles et amie de l'otage Pierre Legrand, enlevé le 16 septembre 2010 à Arlit, un site d'extraction d'uranium dans le nord du Niger, et détenu depuis au Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), en compagnie de Thierry Dol, Daniel Larribe et Marc Féret.

Devant quatre cierges portant les noms des quatre Français, Mme Blain, a exigé "la "primauté de la vie humaine sur toute autre considération".

Cette prise de parole publique est inédite pour ces proches qui s'étaient astreints à rester "dans le silence pour ne pas gêner les négociations".

"Deux ans, c'est trop long. Le silence n'a pas été utile, on passe à autre chose. On devait communiquer, ils (les otages) nous l'ont demandé", confie, émue, Pascale Robert, la mère de Pierre Legrand.

"Ca bouscule notre quotidien mais la vidéo a été un coup de pouce à notre volonté", souffle tout aussi bouleversée, Marion Larribe, fille de Daniel et Françoise libérée en compagnie d'otages togolais et malgaches, le 24 février 2011.

Reçues jeudi par François Hollande, les familles ne doutent pas "du travail sur le terrain", mais regrettent le peu d'informations communiquées.

Et derrière le "message aux otages", affleure un message à l'Etat et aux employeurs, Areva et Satom, pour accélérer la libération des leurs, en dépit des responsables "et peut-être des guerres d'ego", indique René Robert, grand-père de Pierre Legrand.

"Nous voulons du résultat, de la rapidité et de l'efficacité", martèle-t-il avant de dénoncer les rumeurs sur le montant supposé d'une rançon.

Rien n'a filtré de la rencontre à l'Elysée sur l'état des négociations ou les exigences financières des ravisseurs.

Présent lors de la cérémonie, aux côtés d'autres ex-otages comme Florence Aubenas et Jean-Louis Normandin, Hervé Ghesquière, grand reporter à France 3 détenu en Afghanistan pendant 547 jours, a tenu à rappeler l'importance de la médiatisation pour le moral des otages: "Maintenant, il faut parler. Il y en a assez du silence. Nous au fond de notre trou, ça nous a aidé à tenir."

Dans un ouvrage qu'il vient de publier sur sa captivité, Hervé Ghesquière interroge l'ex-chef de la diplomatie Alain Juppé sur le silence autour des affaires d'otages.

A rebours du discours officiel où on estime que parler des otages fait monter les enchères, Alain Juppé juge que "la médiatisation est utile".

"Cela crée un contexte de pression politique sur l'appareil d'Etat. Cela accentue la mobilisation" et "la pression sur les décideurs". "J'ai dû dire le contraire quand j'étais au Quai d'Orsay", a-t-il reconnu.

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