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Les édifices religieux perdent leur caractère sacré dans les combats d'Alep

15/09/2012 07:51 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Les églises et les mosquées, symboles de de la diversité religieuse de la Syrie, ont perdu chez les combattants des deux bords leur caractère sacré dans la bataille d'Alep, la métropole du nord.

Jeudi, les rebelles ont tiré des roquettes anti-char sur le mur d'enceinte d'une église arménienne orthodoxe pour tenter d'avancer vers le quartier stratégique de Midane, tandis que vendredi les combats ont éclaté à proximité quand l'armée loyaliste s'est emparée de la mosquée Ansar.

La cour de l'Eglise Saint-Grégoire s'est transformée en champ de bataille lorsque les rebelles, venus de leur place forte, la rue Souleimane al-Halabi, ont affronté l'armée qui se trouvait de l'autre côté. Au cours de la bataille, un réservoir de fioul a pris feu, a constaté le correspondant de l'AFP.

Les habitants ont attendu en vain l'arrivée des pompiers puis ne les voyant pas venir ils ont éteint le feu eux-mêmes après le retrait des rebelles.

Mais les combats ont continué dans le quartier Midane et dans les quartiers mitoyens, Boustane al-Bacha et Arkoub, où une unité d'élite de la garde républicaine loyale à Bachar al-Assad s'est emparée de la mosquée Ansar.

Selon des sources militaires dans la ville, les soldats gouvernementaux ont été accueillis par un feu nourri lorsqu'ils ont pris cette mosquée qui était un point de ralliement des rebelles, et il y a eu des combats très durs.

Des rebelles ont été tués et d'autres capturés quand l'armée s'est emparée de la mosquée et de bâtiments environnants, un point stratégique important pour contrôler le quartier d'Arkoub.

Une autre unité de la Garde républicaine a du renoncer, à cause des tirs, à entrer dans la rue Souleimane al-Halabi, qui sépare Midane de Boustane al-Bacha, près du centre-ville, selon cette source.

Les accrochages et les bombardements dans et autour des édifices religieux sont une nouveauté après 18 mois de conflits, et ces bâtiments sont devenus des points stratégiques.

Selon le porte-parole du prélat arménien orthodoxe d'Alep, ni l'armée, ni les rebelles n'attaquent sciemment les églises ou les mosqués. "Ce n'est pas dans la mentalité des Syriens. Quelque soit leur bord, les Syriens respectent toujours les lieux religieux, qu'il s'agisse de mosquées ou d'églises", insiste-t-il.

Selon ce dignitaire, qui refuse de donner son nom, le bâtiment a été simplement victime des combats, qui ont démarré à Alep le 20 juillet.

"La situation est trés tendue et beaucoup d'habitants ont fui après avoir entendu des tirs et des explosions", a expliqué à l'AFP Chant, un habitant de Midane.

Vendredi, les forces gouvernementales appuyées par des véhicules blindés étaient déployées à Midane et aux abords de Souleimane al-Halabi, Boustane al-Bacha et Arkoub, selon une source militaire.

"Quand les rebelles ont pris il y a vingt jours le quartier d'Arkoub, ils ont essayé de convaincre les gens de quitter leurs maisons, mais c'est un quartier très pauvre, personne n'avait les moyens de partir, alors les rebelles se sont installés dans la mosquée", a expliqué à l'AFP un des fidèles.

"Cela fait plus de dix ans que je la fréquente et chaque fois que je m'y rends je me rapproche de Dieu. J'ai appris aujourd'hui qu'elle avait été endommagée, qu'il y avait des impacts de balles et des vitres brisées. Je ne peux plus y a aller et c'est dommage".

L'imam d'Ansar, fils du mufti de Syrie, a quitté la ville il y a trois semaines, peu après que l'arrivée des rebelles.

"L'arrivée de l'armée dans le quartier a rassuré les gens et stoppé les départs massifs qui ont eu lieu mercredi et jeudi" a affirmé vendredi une habitante chrétienne de Midane.

Mais un autre résident n'a pas l'intention de prendre de tels risques. "Les rebelles ont dit qu'ils allaient prendre pour cible le QG des services de sécurité et que nous ferions mieux de partir pour éviter d'être blessés par des obus", explique Mohammad, qui a abandonné la zone avec sa femme et ses quatre enfants.

Au moins 27.000 personnes, en majorité des civils, ont été tués dans les violences depuis le début de la révolte en mars 2011.

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