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Le pape exhorte le Moyen-Orient à dire "non" à la vengeance

15/09/2012 08:13 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Le pape Benoît XVI a exhorté samedi les peuples du Moyen-Orient à "dire non à la vengeance" et à bannir la violence dans une région ensanglantée par la guerre en Syrie et des manifestations de musulmans protestant contre un film islamophobe.

Le souverain pontife s'adressait, au palais présidentiel de Baabda près de Beyrouth, à plusieurs centaines de personnalités du monde politique, religieux, et culturel libanais, dont les dirigeants des communautés musulmanes, au deuxième jour de sa première visite au Liban.

"Il s'agit de dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d'accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner", a déclaré le pape.

Le souverain pontife, qui a axé son intervention sur les conditions religieuses et sociales pouvant favoriser la paix dans toute la région, a demandé de "bannir la violence verbale ou physique".

"Elle est toujours une atteinte à la dignité humaine, celle de l'auteur comme celle de la victime", a-t-il ajouté, sans évoquer directement les dernières violences autour du film dénigrant l'islam.

Benoît XVI a été accueilli dans une atmosphère de ferveur et de joie bon enfant.

Sur les routes conduisant au palais présidentiel, dans la montagne chrétienne, des milliers de fidèles, beaucoup de jeunes et même d'enfants, s'étaient rassemblés, agitant des drapeaux du Vatican et du Liban et scandant "le pape est là, le pape est là!".

Des groupes d'Irakiens, Jordaniens, Egyptiens, ou Palestiniens étaient aussi venus accueillir Benoît XVI, le premier pontife romain à se rendre au Liban depuis Jean Paul II en 1997.

"Ce pape est bon mais le précédent était plus sacré", affirmait Dalal, une Libanaise de 40 ans, en référence au pape polonais très aimé de tous les Libanais et qui avait drainé des foules considérables lors de sa visite.

"Cette visite est importante parce qu'elle peut apporter la paix et nous rappelle l'importance de vivre ensemble", a déclaré Dalal.

Cette deuxième journée est particulièrement chargée pour un homme de 85 ans, qui est apparu frêle et s'appuyant sur sa canne, même s'il semblait en assez bonne forme et heureux d'être pour la première fois au Liban.

"Au Liban, la chrétienté et l'islam habitent le même espace depuis des siècles. Il n'est pas rare de voir dans la même famille les deux religions. Si dans une même famille cela est possible, pourquoi cela ne le serait-il pas au niveau de l'ensemble de la société?", a demandé dans son discours le chef de l'Eglise catholique, dans un pays dont près de 65% de la population est musulmane et 35% chrétienne.

De son côté, le président Michel Sleimane, seul chef d'Etat chrétien dans le monde arabe, a demandé qu'au Moyen-Orient la démocratie "assure aux diverses composantes du monde arabe, y compris la composante chrétienne (...) une participation dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques indépendamment de leur proportion numérique, sur la base de la citoyenneté".

"La spécificité du Moyen-Orient se trouve dans le mélange séculaire de composantes diverses", a plaidé le pape.

Benoît XVI a souligné par ailleurs que la paix trouve également ses sources dans les lois de la société.

Elle n'est pas favorisée quand "la valeur inaliénable de la vie" est "remise en cause de façon directe ou indirecte, ou même légale", a-t-il dit, dans une critique aux pays occidentaux qui promulguent des lois remettant en cause, selon lui, les conceptions religieuses de la vie et de la famille.

Deuxième temps fort de la journée, le pape va se rendre au patriarcat maronite de Bkerké où il rencontrera des jeunes venus du tout le Moyen Orient.

Vendredi soir, le père Federico Lombardi, a expliqué, en réponse à de nombreuses questions sur la Syrie, que "le pape ne vient pas comme une puissance politique pour proposer des solutions qui ne sont pas de sa compétence".

Ce n'est pas une question de "peur" de prendre parti dans le conflit, a-t-il dit, en soulignant que le pape est "bien conscient de la situation dans lequel il vient": "tout ce voyage est en lui-même un message dans une situation de tensions et violences".

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