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La visite du pape est une lueur d'espoir pour les chrétiens d'Irak

15/09/2012 11:58 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Au milieu des milliers de Libanais qui se pressent pour saluer samedi le pape Benoît XVI sur la route du palais présidentiel de Baabda, quelque 220 chrétiens d'Irak ont pris place et veulent voir dans cette visite une lueur d'espoir.

Pour Shammas Selim, un chaldéen d'Ankawa, village chrétien du Kurdistan irakien, "la visite du pape au Liban est une bénédiction pour tout le Moyen-Orient. Elle nous donne, à nous chrétiens d'Irak, une lueur d'espoir".

Christianisé au Ier siècle de notre ère, l'Irak figure parmi les plus anciennes Eglises du monde. Les chrétiens d'Irak se divisent entre chaldéens, majoritaires et rattachés à Rome depuis trois siècles, et les assyriens orthodoxes.

Un million avant l'invasion conduite en 2003 par les Etats-unis, les chrétiens ne sont plus que 450.000 répartis à Bagdad, à Mossoul et à Kirkouk dans le nord, ainsi que dans le Kurdistan irakien.

Selon le Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR), des milliers d'entre eux ont fui après une attaque particulièrement atroce revendiquée par Al-Qaïda contre la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad, le 31 octobre 2010, au cours de laquelle 44 fidèles et deux prêtres périrent.

En outre entre 2003 et mai 2012, 900 chrétiens ont été tués et 200 ont été kidnappés, torturés et parfois libérés contre une forte rançon, selon l'Organisation Hammourabi pour les droits de l'Homme en Irak.

"La situation s'est un peu améliorée pour nous maintenant, car nous vivons (dans la province kurde) d'Erbil", assure le père Jamal Zako. Beaucoup de chrétiens ont fui différentes régions de l'Irak pour gagner le Kurdistan, relativement plus sûr que le reste du pays.

"Les chrétiens irakiens ont beaucoup souffert mais nous devons garder la foi en Dieu et dans notre religion afin de rendre notre pays plus sûr", dit-il.

Pour ces deux chrétiens, la clé de la paix passe par "le pardon et la coexistence. Nous devons écouter ce que Dieu essaie vraiment de nous dire au sujet de la paix et de l'honnéteté, peut importe notre religion", assure le père Zako.

Frappés par des sanctions internationales et deux guerres pendant près de 30 ans puis endeuillés par des massacres confessionnels avec un pic en 2006 et 2007, les Irakiens veulent toujours croire qu'ils appartiennent encore à une nation unie.

"Tous les êtres humains, même les criminels, sont créés à l'image de Dieu", explique ce prêtre.

"Nous devons et nous saurons rester fidèles au message du christianisme. Même si notre communauté a subi des souffrances et a connu l'exil, nous restons toujours une des plus importantes d'Irak", assure Shwan, 44 ans, originaire d'Erbil en rappelant qu'une pléthore de communautés a vécu en Irak aux côtés des musulmans, avant que ces dernières années ne creusent un fossé entre elles.

"Comme le Christ lui-même, nous devons apprendre à souffrir et à garder la foi quelque soit notre peine. Nous ne devons jamais faire fi de notre message, ni aujourd'hui, ni jamais", assure-t-il.

Pour Shwan, "le pape est un symbole du Christ sur terre et il est un homme de paix. Nous avons besoin de ce message".

Tenant une branche d'olivier, Jihane, 40 ans, espère que le pape visitera un jour l'Irak. "Nous avons autant besoin de la paix en Irak que les Libanais pour leur pays".

Au moment où le pape arrive, ce groupe d'Irakiens explose de joie. "Longue vie au pape", "Alléluia", crient-ils.

Des confettis, jaunes et blancs, parsèment la chaussée et une Irakienne tombe en sanglots.

"Nous voulons la paix et la sécurité", assure Shrier Hanna, la quarantaine. "Aujourd'hui je constate que nous ne devons jamais perdre la foi en dépit de tout ce qui nous arrive. Si Dieu veut, les Irakiens vivront à nouveau en paix".

ser/sk/sbh

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