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Feuille de route du pape pour les chrétiens d'Orient: rester et participer

15/09/2012 04:38 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

Benoît XVI a donné aux quelque 15 millions de chrétiens d'Orient une feuille de route pour préserver le pluralisme religieux et culturel de leurs sociétés, les pressant de rester dans le berceau du christianisme, en dépit de toutes les avanies.

Lors de la première étape de sa visite de trois jours au Liban, le pape a signé vendredi l'Exhortation apostolique "Ecclesia in Medio Oriente", qu'il doit remettre à tous les évêques de la région, dimanche à Beyrouth, à l'issue de la messe finale.

Ce texte est le fruit d'un synode sur le Moyen-Orient qui s'était tenu à Rome en 2010, quelques mois avant le début du Printemps arabe.

"Un Moyen-Orient sans ou avec peu de chrétiens n'est plus le Moyen-Orient", y martèle le pape, en estimant que l'émigration de chrétiens de leurs terres d'origine "contribue à l'appauvrissement humain et religieux".

Benoît XVI invite en conséquence les dirigeants politiques et religieux à "éviter une politique ou une stratégie communautariste qui tendrait vers un Moyen-Orient monochrome", et s'attarde à définir la notion centrale de la "saine laïcité", où Etat et religion coopèrent sans empiéter l'un sur l'autre.

La présence chrétienne "n'est ni nouvelle, ni accidentelle mais historique", rappelle-t-il fortement à ceux qui voient les chrétiens comme des suppôts de l'Occident.

Choisissant des mots chocs, le chef de catholiques invite à "éradiquer" le fondamentalisme, "menace mortelle" pour les trois religions monothéistes en Orient.

Le pape consacre de longs développements au judaïsme et à l'islam, qui, avec le christianisme, ont fondé "une culture riche propre au Moyen-Orient".

Avec les juifs, "malgré les persécutions", "les apports ont été si féconds qu'ils ont contribué à l'épanouissement d'une civilisation et d'une culture communément appelée judéo-chrétienne".

L'Eglise considère "les musulmans avec estime". "Les musulmans partagent avec les chrétiens la conviction qu'aucune contrainte en matière religieuse, et encore moins par la force, n'est permise", écrit Joseph Ratzinger, en rappelant "les formes multiples et insidieuses" de cette contrainte sur les "plans personnel, social, culturel, administratif et politique" dans les Etats de la région.

"Les catholiques doivent jouir d'une pleine citoyenneté, ne pas être traités en citoyens ou en croyants mineurs", assure-t-il.

Estimant que la "tolérance religieuse qui n'engage pas beaucoup" doit céder le pas à une véritable "liberté religieuse", le pape lance sans les nommer une pique aux pays du Golfe qui accueillent des immigrés chrétiens sans leur donner de droits religieux: "j'invite les gouvernements des pays qui reçoivent ces populations nouvelles (...) à leur permettre la libre expression de leur foi en favorisant la liberté religieuse et l'édification de lieux de cultes".

La liberté religieuse, remarque-t-il, "pourrait faire l'objet d'un dialogue entre chrétiens et musulmans".

Il lance aussi un appel contre la discrimination des travailleurs immigrés "corvéables à merci sans pouvoir se défendre".

La situation de la femme est un autre point fort de l'Exhortation: "je voudrais assurer toutes les femmes que l'Eglise catholique promeut la dignité personnelle de la femme et son égalité avec l'homme, face aux formes les plus variées de discrimination auxquelles elle est soumise, du seul fait qu'elle est femme".

Dans les différends juridiques d'ordre matrimonial, "la voix de la femme doit être écoutée à l'égal de celle de l'homme", écrit-il.

Une partie des conclusions du synode que reprend le pape porte sur la gestion des Eglises divisées entre elles: appel à la "sollicitude" des évêques à l'égard des fidèles chrétiens des autres confessions, gestion transparente des biens temporels" pour laquelle "un audit sérieux" est souhaité.

jlv/ram/cnp

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