NOUVELLES

Ethiopie: Hailemariam, l'outsider succède à Meles à la tête de la coalition au pouvoir

15/09/2012 03:20 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Hailemariam Desalegn, 47 ans, dauphin désigné de Meles Zenawi, décédé mi-août après 21 ans de pouvoir a été élu samedi président de la coalition au pouvoir en Ethiopie, l'EPRDF, en dépit des handicaps qu'il semblait cumuler.

M. Hailemariam, présenté désormais comme le candidat de l'EPRDF au poste de Premier ministre qui sera élu début octobre par la chambre basse du Parlement, semble assuré de succéder également à M. Meles à la tête de l'exécutif.

Il est considéré comme un très proche de l'ex-homme fort d'Ethiopie depuis 2005. Les deux hommes ont pourtant un parcours radicalement différent.

Meles Zenawi a dirigé l'Ethiopie sans partage ces 21 dernières années après avoir chassé du pouvoir par les armes le dictateur Mengistu Haile Mariam en 1991, après des années passées dans le maquis.

M. Hailemariam, ingénieur hydraulique de formation, est arrivé sur le devant de la scène en 2010, quand celui dont il était le conseiller l'a promu vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères.

Cette même année, il a également été élu vice-président de la coalition au pouvoir, l'ex-rébellion du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), après la quatrième victoire électorale d'affilée de cette formation à une écrasante majorité.

Hailemariam se distingue également par son appartenance à une communauté très minoritaire, les Wolayta du sud de l'Ethiopie, installés dans la région dite des Nations, nationalités et peuples du Sud, une des neuf entités régionales, qu'il a dirigée pendant cinq ans.

Une région à l'exact opposé géographique de celle du Tigré, tout au nord, dont était originaire Meles et ses camarades du tout-puissant Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui forme aujourd'hui encore l'ossature de la coalition EPRDF.

Hailemariam est par ailleurs protestant, alors que les chrétiens, majoritaires dans le pays, sont surtout orthodoxes.

"Beaucoup voient (Hailemariam) comme une personnalité symbolique, qui incarne les efforts de Meles et des responsables tigréens de donner de la visibilité à des représentants d'autres communautés", relève Jason Mosley, du centre d'études britannique Chatham House.

Avec l'élection à la vice-présidence de l'EPRDF de Demeke Mekonnen, un Amhara, aucun membre de la minorité tigréenne, réputée détenir l'essentiel des leviers de pouvoir, ne figure à la tête de la coalition.

"Les origines ethniques (de Hailemariam) peuvent être considérées comme un avantage, parce que son groupe est minoritaire dans une région pluri-ethnique, et, de façon encore plus importante, parce qu'il n'est pas issu des Oromo ou des Amhara", les principales communautés du pays, relevait le centre de réflexion International crisis group (ICG) dans un rapport récent.

Néanmoins notait l'ICG, sa désignation attendue à la tête de l'Ethiopie pourrait bien être "un habillage, destiné à couper l'herbe sous le pied des éventuelles critiques, tandis que l'élite tigréenne du TPLF conserverait la réalité du pouvoir".

Selon le porte-parole du gouvernement Simon Bereket, M. Hailemariam une fois élu, devrait diriger le gouvernement jusqu'aux prochaines élections législatives de 2015.

Ses autres handicaps, son relatif jeune âge et le fait qu'il n'a pas participé à la lutte armée - Hailemariam finissait alors à l'université finlandaise de Tampere les études d'ingénieur entamées à Addis Abeba - ont finalement pu lui bénéficier.

Son élection comme président de l'EPRDF a été présentée comme le passage de témoin "à la nouvelle génération qui n'a pas participé à la lutte armée" par Bereket Simon.

"C'est un novice en politique, qui ne fait pas partie de la vieille garde, il n'était pas dans le maquis avec les rebelles qui combattaient Mengistu", relevait néanmoins récemment sur la BBC l'opposant en exil et ancien maire d'Addis Berhanu Nega.

"C'est le Medvedev d'un groupe de Poutines très occupés à résoudre leurs différends internes au sein du parti au pouvoir", selon M. Nega, en référence à l'actuel Premier ministre russe poussé à la présidence en 2008 tandis que M. Poutine gardait l'essentiel du pouvoir.

jv-pjm-bb-ayv/jb

PLUS:afp