Sexe et religion entretiennent parfois de drôles de relations ensemble.... Le film anti-islam "Innocence of Muslims" ("L'Innocence des musulmans"), production amateur à petit budget qui enflamme actuellement le monde arabe, a été tourné sous le titre de "Guerriers du désert" près de Los Angeles, par une organisation caritative chrétienne, un copte condamné pour fraude et.... un réalisateur de films pornographiques, selon le site d'information Gawker.

Alan Roberts, 65 ans, a en effet réalisé des films pornographiques et d'action à petit budget comme "La jeune Lady Chatterley II" ou "Karaté Cop", selon Gawker. Et pour ajouter de l'incongru à cette situation déjà peu commune, les acteurs du film "Innocence of Muslims", auraient été trompés. Ils croyaient jouer dans un film de fiction épique, et auraient ensuite découvert qu'un doublage avait transformé leurs répliques en propagande anti-musulmane. Initialement, les rôles principaux attribués par Alan Roberts à ses acteurs s'appelaient George, Condalisa et Hillary, mais la version finale du script les faisaient interpréter le prophète Mahommet et d'autres personnages du Coran. Le film se veut une description de la vie du prophète, mais sous un angle très particulier, le dépeignant en escroc et évoquant les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie.

Une association chrétienne

On en sait maintenant un peu plus sur le tournage du film qui a engendré de violentes manifestations, suscité de nombreuses réactions dans le monde et provoqué la mort d'une dizaine de personnes. Il a eu lieu en 2011 dans la ville de Duarte, à 45 km à l'est de Los Angeles. L'autorisation de production du film a été délivrée au nom de Media for Christ (Médias pour le Christ), selon un responsable de LA Films, le bureau qui fournit ces autorisations. La vice secrétaire-générale de Duarte, Karen Herrera, a confirmé à l'AFP que Media for Christ avait son siège dans la ville mais a démenti qu'un tournage y ait eu lieu avec une autorisation à ce nom. "Le seul document émis par la municipalité concernant Media for Christ est une attestation de présence à Duarte depuis 2006. Mais aucune autorisation de tournage", a-t-elle dit. "Pour tourner en extérieur, il faut y être autorisé et ils n'ont demandé aucune autorisation", a-t-elle répété.

Le président de Media for the Christ, association dédiée à "faire briller la lumière de Jésus" sur le monde, est l'Egyptien de religion copte Joseph Nassralla Abdelmasih. Le site Internet et la page Facebook de l'organisation, encore consultables vendredi matin, ont disparu en milieu de journée, a constaté l'AFP. Des policiers de Duarte ont affirmé que des "patrouilles" allaient être organisées autour des locaux de l'association, ce qu'a refusé de confirmer un porte-parole de la mairie interrogé par l'AFP.

Un collaborateur condamné pour fraude bancaire

Le tournage s'est fait avec la collaboration du copte (chrétien d'Egypte) Nakoula Basseley, 55 ans, qui habite à Cerritos, à 40 km au sud de Los Angeles. Cet homme n'en est pas à son premier scandale : condamné en 2009 à 21 mois de prison pour fraude bancaire, il fait actuellement l'objet d'une enquête judiciaire pour avoir violé les restrictions imposées à sa liberté conditionnelle, ont indiqué vendredi des sources gouvernementales. Ce samedi 15 septembre , il a été conduit dans un commissariat de police américain pour être entendu, a indiqué l'antenne locale de la chaîne NBC News. Nakoula Besseley Nakoula a été escorté par les adjoints du shérif en dehors de son domicile, à Cerritos (Californie), peu après minuit, pour être entendu par des agents fédéraux concernant sa liberté conditionnelle. Selon les médias, l'homme portait un manteau, un chapeau, une écharpe et des lunettes. Des responsables ont indiqué que les agents fédéraux cherchaient à déterminer si Nakoula a violé ou non les conditions de sa liberté conditionnelle.

Vendredi à la radio américaine en arabe Radio Sawa, Nakoula Basseley a déclaré ne pas regretter ce tournage. "Je suis attristé par la mort de l'ambassadeur (des Etats-Unis en Libye, NDLR) mais je ne regrette pas d'avoir fait" ce film, a-t-il dit. La maison de Nakoula Basseley est depuis mercredi sous surveillance policière et entourée par les journalistes. Malgré les violentes manifestations anti-américaines que son film a provoquées dans le monde entier, il bénéficie d'une protection de la Constitution et de son 1er amendement sur la liberté d'expression qui interdit les poursuites pour des propos insultants ou diffamatoires.

Un consultant militant anti-islam

Un autre chrétien anti-musulman est impliqué dans l'histoire, qui celui-là, a reconnu publiquement sa collaboration au film, dans un entretien avec l'AFP. Il s'agit de Steve Klein, consultant sur le film. Mercredi, il avait nié l'implication d'Israël dans la production et assuré que l'auteur du film "Sam Bacile" -- un pseudonyme, a-t-il reconnu -- était mortifié par le décès de l'ambassadeur américain en Libye lors de l'attaque du consulat de Benghazi. "Sam Bacile", s'affirmant israélien, avait assuré être l'auteur du film mardi dans une interview au Wall Street Journal.

Le film a été ensuite promotionné par des coptes et des chrétiens évangéliques antimusulmans de droite, tel Morris Sadek, Egypto-américain, et le pasteur de Floride Terry Jones, connu pour avoir brûlé publiquement des exemplaires du Coran.