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A Al-Bab, la mort est tombée du ciel

15/09/2012 01:16 EDT | Actualisé 15/11/2012 05:12 EST

Le mur est constellé d'éclats, éclaboussé de sang. Deux bombes lâchées d'un avion, en pleine nuit. La famille d'Abou Nasser, habitant un quartier pauvre d'Al-Bab, a été décimée.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des chasseurs-bombardiers de l'armée syrienne ont mené des raids contre cette ville aux mains des rebelles, à 35 km au nord-est d'Alep. Douze civils ont été tués, une soixantaine blessés. Les maisons basses du quartier de Birar ont été parmi les cibles.

"J'ai perdu ma fille, son mari, deux cousines ! Trois autres membres de la famille sont à l'hôpital. Leurs blessures sont tellement graves que je ne pense pas qu'ils survivent", soupire, les yeux remplis de larmes, cet homme de 41 ans.

"Quand les MiGs sont arrivés au-dessus du quartier, vers 16H00, nous avons fui à la campagne dans les oliviers. Mais ma fille et son mari n'ont pas voulu. Ils se sont cachés au fond de l'atelier de couture. Ils croyaient être à l'abri...".

Le local a été éventré. Les tables dispersées en morceaux dans la pièce, jonchée d'épaulières de mousse. Le sang a giclé sur l'une des cloisons. La maison voisine, en vieilles pierres, est un amas de décombres qui obstrue la ruelle. Deux motos ont été hachées menu: carters percés, guidons tordus, réservoirs transpercés d'éclats, selles fondues.

Les voisins viennent aux nouvelles, les curieux ralentissent; on balaie, fouille, nettoie. De l'eau dégouline des terrasses: les éclats ont touché les réservoirs d'acier zingué posés sur les toits.

Abou Nasser poursuit: "Les MiGs ont fait des cercles de plus en plus serrés au-dessus de nos têtes. On a compris que cela allait tomber pas loin. Les gens ont eu le temps de fuir".

Avec les siens, il a sauté en voiture et s'est réfugié sous les oliviers, dans la campagne environnante. Il y a passé la nuit, avec des milliers d'autres, à écouter rugir les chasseurs-bombardiers. "Mais les plus pauvres n'ont pas de voiture. Ils se cloîtrent chez eux et prient Allah".

A l'aube, quand les avions se sont éloignés, ils sont revenus à Birar constater les dégâts, enterrer les morts.

Mustafa Tamro, 39 ans, a enseigné l'anglais pendant des années aux Emirats arabes unis. Il vit dans une rue voisine. "Leur cible, c'était sans doute l'école. Mais en fait, ils haïssent toute la ville car elle soutient la révolution. C'est une punition collective".

"Les avions survolent tous les jours. Parfois ils bombardent, parfois non. Ils veulent nous terroriser. La nuit, c'est terrible. Il n'y a que le bruit, on ne les voit pas. On attend, le destin décide...".

L'école voisine, Halima Saadia, a été touchée par trois bombes. L'une a fait s'effondrer deux étages l'un sur l'autre, une autre a éventré l'un des murs d'enceinte et une troisième a creusé dans la cour un cratère de six mètres de large sur deux de profondeur.

Les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL), présents en force dans la ville, avaient, au début de l'insurrection, coutume de s'installer dans les écoles. Mais ils ont vite compris qu'ils y faisaient des cibles trop faciles et choisissent désormais comme bases des lieux plus discrets.

Pas un homme armé ou une position rebelle n'était visible samedi matin à Birar.

"L'ASL était là il y a deux mois, mais ils sont partis depuis longtemps" lance un voisin, qui refuse de donner son nom. "Les écoles, ce sont les réfugiés qui s'y entassent maintenant. Vous vous rendez compte du massacre s'il y avait eu des familles ici ?".

Soudain, un chasseur-bombardier apparaît dans le ciel. Il tournoie, en cercles concentriques, au-dessus d'Al-Bab. Les têtes se lèvent. Les automobilistes, voyant les piétons regarder le ciel, ne savent plus où aller. Freinent, sortent, scrutent les cieux. Où se cacher ? Certains cherchent à s'abriter sous des pans de murs, sous des arbres. D'autres bougent d'un endroit à l'autre, hésitent.

Après trois tours à haute altitude, sans avoir tiré, l'avion disparaît vers l'ouest, l'aéroport d'Alep.

mm/vl

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