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USA: l'auteur du film polémique est protégé par la Constitution

14/09/2012 12:19 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

Alors que les manifestations anti-américaines se multiplient, les Etats-Unis ne peuvent engager des poursuites contre ceux qui tiennent des propos insultants ou diffamatoires, comme l'auteur du film polémique sur l'islam, en raison des libertés garanties par la Constitution.

Le film qui a mis le feu aux poudres dans le monde musulman en dénigrant l'islam et le prophète Mahomet a été tourné aux Etats-Unis et financé par un producteur lié à l'Eglise copte. Celui-ci, identifié comme étant un certain Nakoula Basseley Nakoula, 55 ans, vit en Californie. Son film a également été mis en avant par le pasteur extrémiste Terry Jones.

Mais les autorités américaines ne peuvent légalement rien faire pour les poursuivre ni pour empêcher leur film d'être diffusé.

"Je sais que pour certains ce sera dur de comprendre pourquoi les Etats-Unis ne peuvent pas interdire ce type de vidéo répréhensible", a déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

"Mais je veux souligner qu'avec les technologies modernes c'est impossible. Et même si ça l'était, notre pays a une longue tradition de liberté d'expression qui est gravée dans notre Constitution et dans nos lois. On ne peut pas empêcher des citoyens d'exprimer leurs points de vue, quand bien même cela ne nous plaît pas", a-t-elle ajouté.

Ainsi, même si le film "Innocence of Muslims" ("L'innocence des musulmans"), production amateur à petit budget réalisée avec des doublages grossiers et des fausses barbes, a provoqué par ricochet la mort de plusieurs personnes, dont l'ambassadeur américain en Libye, les autorités américaines ne peuvent pas poursuivre son auteur ou son producteur.

Eugene Volokh, professeur à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), précise que le 1er amendement de la Constitution américaine protège la liberté d'expression pour tous les citoyens.

"C'est valable pour Salman Rushdie, c'est valable pour les producteurs de la série South Park, et c'est valable pour ces gens", a-t-il dit. "Même défendre la violence est quelque chose qui est protégé. Et en l'occurence il n'est même pas question de violence, c'est juste une parodie et une critique de la religion".

"Il est complètement protégé par le 1er Amendement", a abondé l'avocat Andy Contiguglia. "Je ne pense pas qu'il puisse être poursuivi par le gouvernement américain", a déclaré à l'AFP ce spécialiste du 1er Amendement, "à moins qu'une loi fédérale que je ne connaisse pas permette de le poursuivre pour obscénités" ou incitation à l'émeute.

Les autorités américaines ont indiqué vendredi "réexaminer" les termes de la liberté conditionnelle de Nakoula Basseley Nakoula, condamné à 21 mois de prison en 2010 pour escroquerie bancaire.

"Tout dépend des termes et des conditions de sa liberté conditionnelle", a ajouté Me Contiguglia, "s'il lui était interdit par exemple d'utiliser un ordinateur et qu'il a téléchargé son film sur YouTube, il pourrait y avoir une violation".

En outre, Nakoula pourrait être poursuivi par les acteurs, qui affirment qu'il les a trompés, en doublant les dialogues et en leur cachant l'objectif du film. Là aussi, tout "dépend de ce qui leur a été dit, de la nature du contrat" qui pourrait être invalidé par la violation de leur liberté privée ou de leur connaissance de l'utilisation de leur image, a ajouté cet avocat du Colorado.

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