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Manifestations contre le film anti-islam, une ambassade incendiée au Soudan

14/09/2012 08:30 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

Des dizaines de milliers de musulmans ont manifesté vendredi à travers le monde arabe et l'Asie pour dénoncer un film produit aux Etats-Unis dénigrant l'islam, déclenchant de nouvelles violences, notamment au Soudan où l'ambassade allemande a été incendiée.

A Khartoum, quelque 5.000 islamistes ont attaqué les ambassades britannique et allemande, mettant le feu à cette dernière et y arrachant le drapeau national pour le remplacer par un étendard islamiste, selon un correspondant de l'AFP.

Au Liban, 300 islamistes ont incendié un fast-food américain à Tripoli (nord), d'après un journaliste de l'AFP.

A Sanaa, la police a tiré en l'air pour repousser quelques centaines de manifestants qui s'approchaient de l'ambassade américaine, selon un correspondant de l'AFP.

Elle a également fait usage de canons à eau pour disperser les protestataires qui s'étaient rassemblés à quelque 500 mètres de l'ambassade, brûlant le drapeau américain et réclamant l'expulsion de l'ambassadeur.

Jeudi, quatre personnes avaient trouvé la mort lors d'attaques contre cette même ambassade.

Au Bangladesh, quelque 10.000 manifestants ont brûlé à Dacca des drapeaux américains et israéliens, et tenté de s'approcher de l'ambassade des Etats-Unis.

A l'issue de la prière du vendredi, les manifestants se sont rassemblés devant la mosquée Baitul Mokarram, la plus importante du pays, en affirmant notamment "Nous ne tolèrerons pas d'insultes envers notre grand prophète".

En Indonésie, environ 350 islamistes radicaux ont également manifesté à Jakarta contre la "déclaration de guerre" que représente selon eux le film.

Dans la capitale iranienne, des milliers de personnes se sont rassemblées aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël", selon des images de la télévision d'Etat.

Au Caire, où l'ambassade américaine est visée par des manifestations depuis mardi, des heurts sporadiques se sont poursuivis dans la matinée avec les forces de l'ordre déployées aux abords de la mission diplomatique.

Le puissant mouvement des Frères musulmans, dont est issu le président Mohamed Morsi, ont retiré leur appel à manifester à travers tout le pays, affirmant qu'ils n'organiseraient qu'un rassemblement "symbolique" au Caire, sur la place Tahrir.

En Syrie, théâtre de violences depuis mars 2011, près de 200 manifestants ont organisé un sit-in de protestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Damas, fermée depuis plusieurs mois, selon un journaliste de l'AFP. Silencieux, ils portaient des pancartes dénonçant le film.

En Jordanie, des salafistes ont annoncé des manifestations devant la chancellerie américaine, qui a fait savoir qu'elle avait "relevé sa sécurité". Les Frères musulmans jordaniens appellent de leur côté à des "défilés pacifiques".

En Tunisie, des imams de mosquées ont aussi appelé à un grand rassemblement dans l'après-midi devant l'ambassade des Etats-Unis.

A Benghazi, dans l'Est libyen, le trafic aérien a été suspendu dans la nuit pour des "raisons de sécurité", après l'attaque menée mardi soir qui avait coûté la vie à l'ambassadeur Chris Stevens et à trois autres Américains. Mais il a pu finalement reprendre vendredi.

De nombreux pays ont renforcé la sécurité des ambassades américaines après cette attaque, comme le leur a demandé le président Barack Obama.

L'Inde, qui compte une importante minorité musulmane, a ainsi placé en alerte ses effectifs déployés autour des bâtiments américains. Le plus haut responsable religieux musulman de l'Etat indien du Cachemire a demandé aux citoyens américains de "quitter immédiatement" la région.

En Afghanistan, les autorités sont le qui-vive et la plupart des ambassades ont pris des mesures de sécurité accrues pour leur personnel et appelé leurs ressortissants à éviter de sortir.

Alors que le département d'Etat américain a déconseillé à ses ressortissants de se rendre en Algérie en raison d'un risque accru d'attentats, les forces de sécurité ont très sensiblement renforcé leur présence autour de l'ambassade à Alger.

Les forces de l'ordre israéliennes ont aussi annoncé le renforcement de leur dispositif de sécurité dans la Vieille ville et à Jérusalem-Est en raison des "tensions régionales". Des appels à manifester ont été lancés dans l'enclave palestinienne de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

Les réactions parfois violentes déclenchées par "Innocence of Muslims" ("L'innocence des musulmans"), dont des extraits sont diffusés sur internet, rappellent la colère qu'avait provoquée la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

Réalisé par un cinéaste qui s'est présenté comme Américano-israélien et qui selon les médias américains serait de religion chrétienne copte, le film de piètre qualité cinématographique dénigre les musulmans, présentés comme immoraux et brutaux, ainsi que le prophète Mahomet.

L'auteur du film aurait demandé la protection de la police californienne après avoir été identifié par les médias.

Les déclarations se sont multipliées pour fustiger ce film, tout en appelant au calme.

Le président égyptien Mohamed Morsi a jugé vendredi que le film constituait une "agression" qui "détourne l'attention des vrais problèmes au Proche-Orient", tout en condamnant à nouveau les violences qu'il a entraînées dans la région.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a estimé que ce film était une "provocation" qui ne peut néanmoins justifier les attaques.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a assuré que le gouvernement américain n'avait "absolument rien à voir" avec cette "vidéo écoeurante et condamnable" exhortant les dirigeants politiques et religieux à condamner les violences survenues.

Le site de partage de vidéos YouTube en Inde a bloqué l'accès au film. YouTube avait déjà restreint cette semaine l'accès à ce film, "de manière temporaire", en Libye et en Egypte.

Le Pakistan et l'Afghanistan ont de leur côté bloqué l'accès à la vidéo tandis que l'Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète, a aussi demandé à YouTube un blocage du film.

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