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Les manifestations contre le film islamophobe font au moins quatre morts

14/09/2012 02:00 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

LE CAIRE, Égypte - Des manifestations contre un obscur film islamophobe se sont déroulées dans une vingtaine de pays du monde arabo-musulman vendredi, coûtant la vie à au moins deux manifestants en Tunisie, un au Liban et un en Égypte. Les ambassades américaines ont été attaquées notamment au Yémen et au Soudan, où l'ambassade allemande a aussi été partiellement incendiée.

En Égypte, le nouveau président, Mohammed Morsi, issu des Frères musulmans, est intervenu à la télévision pour exhorter les musulmans à ne pas s'en prendre aux ambassades. Il a dénoncé les violences qui se sont soldées par la mort de quatre Américains en Libye, dont l'ambassadeur Chris Stevens, dans l'attaque du consulat à Benghazi mardi soir. Cette prise de position publique est apparue comme une tentative d'apaiser les tensions avec les États-Unis, après la relative absence de réaction officielle et de la police aux violences de ces derniers jours.

Le mouvement de contestation s'est cependant poursuivie au Caire, mais cette fois la police a réussi a maintenir la foule à distance de l'ambassade américaine en tirant des gaz lacrymogènes et en déployant des véhicules blindés sous les jets de pierre.

M. Morsi subit une forte pression de la part des islamistes, et surtout des Frères musulmans, qui utilisent le film contre Mahomet pour renforcer leur poids politique. À Alexandrie, des dirigeants du Djihad ont appelé à tuer quiconque diffamerait le prophète et exigé que le président égyptien rompe les relations avec les États-Unis.

Plusieurs centaines de personnes, des ultraconservateurs pour la plupart, se sont rassemblées place Tahir au Caire, épicentre du soulèvement populaire qui a mis fin au régime autoritaire d'Hosni Moubarak en février 2011. Ils ont déchiré un drapeau américain en brandissant un drapeau islamiste noir. Un responsable salafiste a exhorté les musulmans à défendre leur foi et leur prophète. Une bonne partie de la foule a rejoint les manifestants aux cris de «Avec notre âme, avec notre sang, nous te vengerons, notre prophète» alors que les forces de l'ordre lançaient des gaz lacrymogènes.

Un jeune protestataire de 20 ans est mort des suites de blessures infligées par des balles de caoutchouc, a révélé un responsable de la morgue sous le couvert de l'anonymat.

De présumés militants islamistes ont aussi attaqué une base de la Force multinationale et d'observateurs (FMO) dans la péninsule de Sinaï, en Égypte, vendredi, a rapporté sous le couvert de l'anonymat un haut dirigeant de l'organisation. Selon ce responsable, les attaquants munis d'armes automatiques ont mis le feu à des véhicules et affronté les troupes sur place, blessant quatre soldats colombiens. La FMO est une organisation internationale indépendante liée au Traité de paix de 1979 entre l'Égypte et Israël.

Des rassemblement plus modestes et pacifiques ont aussi eu lieu dans plusieurs pays comme l'Indonésie, la Malaisie, l'Inde, l'Afghanistan et le Pakistan.

Les manifestations ont commencé après la grande prière du vendredi, pendant laquelle de nombreux imams ont appelé les fidèles à défendre leur foi, dénonçant le film américain «Innocence of Muslims» («Innocence des musulmans»), qui tourne en ridicule Mahomet, le prophète de l'islam.

À Tunis, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis près de l'ambassade des États-Unis et certains ont escaladé le mur d'enceinte pour y planter brièvement un drapeau noir portant cette profession de foi: «Il n'y a de dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète».

Des pierres ont volé dans des accrochages avec la police, qui a tiré en l'air et lancé des gaz lacrymogènes. Un panache de fumée noire s'élevait au-dessus du bâtiment. Une école américaine attenante a été incendiée. Quelques dizaines d'émeutiers ont pénétré dans l'enceinte pour brûler des voitures avant d'être repoussés. Citant le gouvernement, l'agence de presse officielle TAP a fait état d'au moins deux morts et 29 blessés.

Au Soudan, des centaines de personnes poussées par l'influent cheikh Mohammed Jizouly ont pris d'assaut la représentation diplomatique allemande, qui a été partiellement incendiée, au prétexte que des mosquées de Berlin auraient été profanées. La police a fait fuir la foule en tirant des gaz lacrymogènes.

La manifestation s'est alors déplacée devant l'ambassade de Grande-Bretagne voisine, puis des milliers de personnes ont assiégé celle des États-Unis, à la sortie de Khartoum. La police a ouvert le feu pour les empêcher de franchir le mur d'enceinte puis a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires, déclenchant une bousculade. Des témoins ont fait état de trois personnes à terre, peut-être mortes.

Au Liban, alors que le pape venait d'entamer une visite de trois jours en appelant à la paix dans la région, des émeutiers ont brûlé deux établissements de restauration rapide américains à Tripoli, dans le nord du pays, et se sont battus avec la police, qui en a tué un. On dénombrait au moins 25 blessés, dont 18 policiers.

À Sanaa, au Yémen, environ 2000 personnes ont été tenues à distance de l'ambassade américaine par les forces de sécurité yéménites, qui ont tiré des coups de semonce à balles réelles et lancé des gaz lacrymogènes. Une unité anti-terroriste des Marines FAST (Fleet Antiterrorism Security Team) est arrivée sur place vendredi. La veille, des centaines de personnes avaient pénétré dans l'enceinte et brûlé le drapeau américain.

À Jérusalem-Est, la police a empêché quelque 400 Palestiniens de se rendre au consulat américain pour protester contre le film. Les manifestants ont lancé des bouteilles et des pierres aux agents, qui ont répondu par des grenades assourdissantes. Quatre protestataires ont été arrêtés.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a condamné le film lié aux manifestations. «Le gouvernement américain n'a absolument rien à voir avec cette vidéo. Nous rejetons absolument son contenu et son message», a-t-elle dit vendredi, après avoir souligné la veille que rien ne justifiait toutefois la violence.

Le film amateur a été réalisé en 2011 par un certain Nakoula Basseley Nakoula, qui se présente comme un copte vivant en Californie. Il a été condamné pour fraude en 2010 et la justice américaine vérifie s'il a violé les termes de sa probation.

À Tripoli et à Benghazi, en Libye, des manifestations contre la violence étaient prévues vendredi. Des centaines de personnes ont protesté contre l'attaque du consulat et la mort de l'ambassadeur américain ces derniers jours.

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