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Le pape accueilli au Liban par des femmes voilées et des scouts du Hezbollah

14/09/2012 11:29 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

La première visite de Benoît XVI au Liban a débuté par une scène étonnante: à sa sortie de l'aéroport de Beyrouth, ce sont des femmes en tchador noir et des centaines de scouts du Hezbollah chiite avec la photo de l'ayatollah Khomeini, qui sont venus le saluer.

L'aéroport international se situe en effet dans la banlieue chiite, bastion du puissant parti armé qui a voulu montrer que lui aussi participait à l'accueil du chef de l'Eglise catholique dans ce pays où coexistent chrétiens et musulmans de différentes confessions.

"Je suis tellement contente qu'il vienne", s'exclame Fatima, une jeune scout de 12 ans, la tête recouverte d'un foulard bleu. "Il va nous rendre tous heureux aujourd'hui et c'est pour cela que je veux l'accueillir".

"Le pape est là! le pape est là" s'exclame un garçon de 10 ans, agitant un drapeau libanais, en apercevant le convoi papal.

Ils font partie des jeunes scouts du Mahdi, affiliés au Hezbollah pro-iranien, qui arborent sur leur uniforme des badges montrent une photo de l'ayatollah Khomeini, le fondateur de la République islamique d'Iran.

Le pape a ainsi pu voir, sur la première partie de son trajet le conduisant vers les régions chrétiennes, ces scouts vêtus de chemise bleu clair pour les plus jeunes et kaki pour les plus âgés, agitant des drapeaux libanais et même ceux du Vatican.

Autre hasard, le jaune est à la fois la couleur du Saint-Siège et du Hezbollah: lorsqu'ils ont aperçu dans le ciel le lâcher de ballon à l'aéroport en l'honneur du pape, les jeunes chiites ont applaudi car c'était la couleur de leur foulard.

Parmi la foule, certains n'hésitent pas à faire des comparaisons.

"Je suis contente à chaque fois qu'une personnalité de premier plan vient au Liban... comme ce fut le cas pour (le président iranien Mahmoud) Ahmadinejad" en octobre 2010, souligne Mahmoud, 26 ans, qui tient un magasin de téléphones portables à Bourj al-Barajné, quartier défavorisé traversé par le souverain pontife.

"Nous allons tous l'accueillir chaleureusement, spécialement les chiites", assure-t-il.

Sous le soleil encore brûlant de cette fin d'été, les plus âgés des scouts attendent patiemment alors que les plus jeunes sont très excités.

"Nous voulons que ces jeunes soient là à l'accueil du pape car nous croyons à la coexistence entre les religions", déclare un moniteur.

Le jeune Hassan, 14 ans, affirme qu'au Liban "nous sommes tous les doigts d'une même main". Ces jeunes semblent avoir oublié une guerre civile qui opposa durant 15 ans chrétiens et musulmans, mais pas les tensions inter-musulmanes exacerbées par la conflit en Syrie. "J'ai des amis sunnites, pas seulement chiites," dit-il.

A côté, des femmes en tchador attendent aussi le passage de Benoît XVI. Juliette Nayef est venue de Baalbeck, dans l'est du pays, dans un bus payé par le Hezbollah.

"C'est une visite historique. J'ai le sentiment que le pape apportera la paix au Liban", dit-elle avant d'ajouter aussitôt: "je veux le remercier, mais aussi Hassan Nasrallah (chef du Hezbollah) de chercher à apporter la paix dans ce pays. Car le secret de la paix, c'est la coexistence".

Pour l'enseignante Iman Fares, qui vit dans la banlieue sud, cible des bombardements israélien durant la guerre avec le Hezbollah en 2006, "ceux qui mettent en avant les différences entre chrétiens et musulmans cherchent à ruiner le pays. Après tout, la première femme à porter le voile fut la Vierge Marie".

Bilal, 48 ans, un marchand de parfum orientaux, reconnaît: "il y a une petite minorité de musulmans, appartenant à al-Qaïda qui est contre la visite du Pape et veut la guerre".

"Mais, ajoute-t-il, nous avons déjà connu une guerre confessionnelle et nous espérons que le Pape nous aidera à ne pas retomber dans ce piège".

ser/sk/ram

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