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Le gouvernement sud-africain menace, les grévistes campent sur leurs exigences

14/09/2012 08:04 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

Le gouvernement sud-africain a menacé d'arrestation les fauteurs de trouble vendredi dans la région minière de Rustenburg (nord), alors que les mineurs de platine de Marikana campent sur leurs exigences salariales, dans un conflit qui a fait 45 morts et déstabilise un secteur clé.

Le gouvernement, inquiet pour la croissance économique déjà languissante, "a mis en place des mesures pour s'assurer que la situation est sous contrôle", a annoncé le ministre de la Justice Jeff Radebe, lors d'un point presse conjoint avec le ministre des Finances Pravin Gordhan.

"Ces mesures sont les suivantes: ceux qui procéderont à des rassemblements illégaux, porteront des armes dangereuses, se livreront à la provocation ou menaceront de violence dans les zones concernées seront traitées comme il se doit".

Plus tôt dans la matinée, les grévistes de Marikana s'étaient à nouveau rassemblés pour prendre connaissance d'une proposition salariale mise pour la première fois sur la table par leur employeur, le groupe britannique Lonmin, cinq semaines après le début du conflit.

Loin de leurs espoirs et des 12.500 rands mensuels (1.200 euros) réclamés avec constance depuis le 10 août, la proposition a été rapidement rejetée.

"Lonmin n'a pas répondu à leur demande et pour les travailleurs, cette proposition est insultante", a déclaré à l'AFP Molisi Phele, un représentant des grévistes.

Lonmin avait présenté son offre jeudi soir à l'issue d'un énième round de négociations. Pour les mineurs au plus bas de l'échelon, l'augmentation proposée se monterait à 986 rands, portant les salaires à 5.500 rands mensuel (550 euros).

"Les travailleurs sont calmes. Simplement ils disent +non, allez dire à ces types de mettre 12.500 rands sur la table. S'ils ne peuvent pas, merci, laissez Lonmin faire ses valises et rentrer à Londres", a affirmé M. Phele.

De nouvelles négociations devaient reprendre vendredi à midi (10h00 GMT).

Le conflit, qui paralyse le site de Marikana d'où le géant britannique Lonmin extrait 92% du platine qu'il vend à l'industrie automobile mondiale, est exacerbé par les violences qui ont eu lieu depuis début août.

En tout, 45 personnes sont mortes à Marikana, dont au moins un syndicaliste du syndicat national des mineurs NUM, deux policiers, deux vigiles et 34 grévistes abattus par la police le 16 août lors d'une fusillade digne des pires heures de l'apartheid.

Le conflit aux allures de révolte ouvrière a démarré à l'initiative de 3.000 foreurs, en rupture avec le syndicat majoritaire dans les mines sud-africaines NUM critiqué pour son manque de combativité dans les négociations.

Tous se plaignent d'être sous-payés pour un travail éminemment pénible et des conditions de logement misérables, sans eau, ni électricité.

Ils refusent aujourd'hui de céder au nom de la mémoire des grévistes tués en août.

Le conflit s'est étendu ces jours-ci aux salariés d'Amplats, filiale du géant anglo-sud-africain Anglo American et à une mine d'or du groupe Gold Fields près de Johannesburg.

Les grévistes, qui réclament "12.500 rands ou rien" et même 16.000 rands chez Amplats, projettent de porter leurs doléances devant le gouvernement et d'aller manifester à Pretoria devant le siège du gouvernement.

"Si cette instabilité continue et que la production reste à l'arrêt, d'abord nous aurons un coût en terme de croissance", a mis garde le ministre des Finances Pravin Gordhan lors du point presse.

"La poursuite de la violence mine la confiance dans l'économie sud-africaine, et si nous minons la confiance, nous minons l'investissement", a-t-il poursuivi, avant d'ajouter que l'emploi serait également menacé à terme.

Aucune violence n'est à déplorer depuis la fusillade du 16 août, dont une enquête dira s'il s'agit d'une massive bavure policière comme le laissent penser le témoignage concordant des grévistes.

Les rassemblements depuis lors se succèdent dans une ambiance d'effervescence parfois festive. Mais les employeurs du bassin minier le plus touché, autour de Rustenburg, dénoncent un climat de menaces et d'intimidation empêchant la reprise du travail.

Anglo American a motivé pour cette raison la suspension provisoire de ses cinq mines près de Rustenburg mercredi.

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