Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi dans le monde musulman pour dénoncer un film réalisé aux Etats-Unis dénigrant l'islam, déclenchant de nouvelles violences faisant six morts, notamment en Tunisie et au Soudan.

Ce film de piètre qualité cinématographique, dans lequel les musulmans et le prophète Mahomet sont présentés comme immoraux et brutaux, a enflammé la rue mardi en Egypte et en Libye, avant que les protestations, visant notamment les ambassades américaines, ne s'étendent à d'autres pays musulmans.

Dans ce contexte, le pape Benoît XVI, en visite au Liban, a appelé les juifs, les musulmans et les chrétiens à "éradiquer" le fondamentalisme alors que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qualifiant le film de "répugnant", appelait "au calme et à la raison".

A Tunis, trois personnes ont été tuées et 28 autres blessées au cours des affrontements aux abords de l'ambassade américaine, selon l'agence TAP qui a indiqué par ailleurs que l'école américaine avait été incendiée.

Des manifestants ont réussi à pénétrer dans la cour du bâtiment de l'ambassade, a constaté un photographe de l'AFP, tandis que les forces de l'ordre semblaient débordées malgré des tirs de sommation et de gaz lacrymogènes continus.

Le Premier ministre Ahmadi Jebali, un islamiste, s'est dit "profondément préoccupé" par l'attaque.

A Khartoum, les gardes postés sur le toit de l'ambassade américaine ont tiré en l'air après que des centaines de manifestants se furent approchés de l'ambassade, une dizaine parvenant à pénétrer dans son enceinte agitant des drapeaux islamistes noirs, a constaté un correspondant de l'AFP.

Auparavant, les forces de l'ordre avaient tiré des grenades lacrymogènes pour disperser quelque 10.000 manifestants se dirigeant vers l'ambassade et scandant "On ne touche pas au Prophète".

Un manifestant a trouvé la mort, écrasé par un véhicule de la police, selon un secouriste. Le corps d'un autre manifestant a été découvert près de l'ambassade, sans que les circonstances de sa mort soient claires.

Peu avant, 5.000 manifestants islamistes avaient mis le feu à l'ambassade d'Allemagne, dont ils ont arraché le drapeau pour le remplacer par un étendard islamiste. L'Allemagne a condamné cette attaque de même que le film.

Au Liban, un manifestant a été tué et 25 autres ont été blessés dans des heurts à Tripoli (nord) entre les forces de sécurité et des centaines d'islamistes qui avaient incendié un fast-food américain, selon un responsable des services de sécurité.

A Sanaa, où quatre personnes ont été tuées jeudi dans des heurts, les policiers ont tiré en l'air et fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants rassemblés à quelque 500 mètres de l'ambassade à Sanaa, brûlant le drapeau américain et réclamant l'expulsion de l'ambassadeur.

Les Etats-Unis ont dépêché une équipe de Marines pour protéger l'ambassade.

En Egypte, où le président Mohamed Morsi a condamné le film tout en dénonçant les violences qu'il a entraînées, les Frères musulmans ont retiré leur appel à manifester à travers tout le pays, mais des manifestants ont continué toute la journée à affronter la police près de l'ambassade américaine.

A Téhéran, des milliers de personnes se sont rassemblées aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël", selon des images de la télévision d'Etat.

En Syrie, théâtre de violences depuis mars 2011, près de 200 manifestants ont organisé un sit-in de protestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Damas, fermée depuis plusieurs mois.

Des milliers de personnes ont protesté en Irak, notamment à Bassora (sud) où les protestataires ont scandé: "Il n'y a pas de liberté lorsqu'on offense un milliard de musulmans".

A Alger, la police a empêché une cinquantaine d'hommes dont l'ex-N.2 du Front islamique du salut (FIS, interdit) Ali Belhadj de manifester, selon des correspondants de presse.

Des milliers de Palestiniens ont par ailleurs manifesté dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et à Jérusalem-Est occupé et annexé par Israël.

De très importantes manifestations ont eu également lieu en Asie.

Au Bangladesh, quelque 10.000 manifestants ont brûlé à Dacca des drapeaux américains et israéliens, et tenté de s'approcher de l'ambassade des Etats-Unis. "Nous ne tolèrerons pas d'insultes envers notre grand prophète", ont-ils scandé.

Au Pakistan, des manifestations plusieurs grandes villes ont notamment demandé la mort du réalisateur du film et l'expulsion des diplomates américains en poste dans le deuxième pays musulman.

En Indonésie, environ 350 islamistes radicaux ont manifesté à Jakarta contre la "déclaration de guerre" que représente selon eux le film.

En Inde, plusieurs centaines de manifestants musulmans ont attaqué le consulat américain de Madras, dans le sud-est, selon la police.

De nombreux pays ont renforcé la sécurité des ambassades américaines après cette attaque, notamment en Inde et en Afghanistan. Dans ce dernier pays, la plupart des ambassades ont appelé leurs ressortissants à éviter de sortir.

Les réactions déclenchées par le film, dont des extraits sont diffusés sur internet, rappellent la colère qu'avait provoquée la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

Selon les médias américains, le cinéaste, qui se présente comme Américano-israélien, serait copte (chrétien d'Egypte).

Un homme affirmant être le producteur du film a déclaré à la radio américaine en arabe Radio Sawa n'avoir aucun regret.

A la question de savoir s'il se sentait coupable des violences anti-américaines déclenchées par le film, l'homme se présentant comme Nakoula Basseley Nakoula, un copte habitant en Californie, a déclaré: "Oui, je me sens coupable. L'Amérique (...) n'a rien à voir" avec ce film.

Les déclarations se sont multipliées pour condamner ce film, tout en appelant au calme.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a assuré que le gouvernement américain n'avait "absolument rien à voir" avec cette "vidéo écoeurante et condamnable".

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a estimé que ce film était une "provocation" qui ne peut néanmoins justifier les attaques.

Les monarchies arabes du Golfe ont condamné le film ainsi que les attaques anti-américaines qu'il a provoquées.

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