Les réactions étaient partagées vendredi à la suite de la décision du gouvernement Harper de ne plus s'opposer à l'inclusion du chrysotile sur la liste des produits dangereux établie par la Convention de Rotterdam. Le gouvernement fédéral a également promis d'injecter 50 millions de dollars pour aider les travailleurs de cette industrie à se diversifier dans d'autres domaines. Alors que les opposants se réjouissaient, des partisans de l'industrie de l'amiante déploraient la décision.

En juin dernier, le gouvernement Charest avait annoncé une garantie de prêt de 58 millions$ pour la relance de la mine Jeffrey, à Asbestos. Vendredi, le député libéral de Frontenac-Lotbinière, Laurent Lessard – encore ministre des Affaires municipales et des Régions pour quelques jours – a affirmé que cette annonce constitue pratiquement la mort de l’industrie. «Ce n’était déjà pas simple d’exporter, ça deviendra encore plus compliqué», estime-t-il.

Selon lui, Ottawa a simplement entendu la position du PQ et de la CAQ en faveur de l’interdiction au cours de la campagne électorale. En tant que ministre d’une des deux régions productrices d’amiante, il déplore la position de Mme Marois. «C’est une expropriation déguisée», estime-t-il, jugeant que les propriétaires des mines ne pourront plus les exploiter.

Il rappelle que le PQ, en promettant d’annuler le prêt de 58 millions de dollars à la mine Jeffrey, a promis de réinjecter l’argent pour soutenir les travailleurs. Il attend de savoir ce qui restera pour les travailleurs de sa région, de même que la facture environnementale qui risque d’apparaître avec la fermeture des mines.

De son côté, le Parti québécois n'a pas souhaité réagir à l'annonce du gouvernement Harper. «Nous prenons acte de la décision annoncée aujourd'hui», a simplement dit l’attaché de presse du PQ, Éric Gamache. Par ailleurs, Éric Gamache souligne que le PQ n'a pas été avisé au préalable de l'annonce de vendredi.

Le maire de Thetford Mines heureux

Le maire de Thetford Mines, Luc Berthold, s'est dit très satisfait de la décision du gouvernement Harper de consacrer 50 millions$ à la diversification économique des régions productrices d'amiante. «Ça fait 20 ans que nous travaillons à la diversification, mais nous n'avions pas toujours les moyens de mettre en branle les projets retenus», dit le maire de cette ville longtemps productrice d'amiante.

De plus, Luc Berthold ne croit pas que l'inclusion de l'amiante sur la liste des substances dangereuses signifie la mort de cette industrie. «Les pays qui importent l'amiante vont continuer à le faire, mais ils seront mieux informés sur les risques et les mesures à prendre pour l'utiliser adéquatement», dit-il.

Le maire de Thetford Mines croit également que le PQ reviendra sur sa décision de ne plus soutenir l'industrie du chrysotile. «Le dernier gouvernement péquiste a soutenu l'industrie de l'amiante, dit-il. Les preuves scientifiques n'ont pas changé depuis 2003.»

Bien qu'il n'y ait plus de mine en activité à Thetford Mines depuis l'automne dernier, un projet de relance était prévu dans la région, explique le maire. L'élection du gouvernement péquiste, qui refuse de financer cette industrie, a fait capoter le projet, poursuit-il. Depuis un an, des travailleurs de la mine sont donc sans emploi et espèrent une réouverture de la mine ou la création de nouveaux débouchés.

Parmi les projets qui pourraient être financés par le fond de diversification à Thetford Mines, Luc Berthold cite la création d'un site touristique dans une des plus anciennes mines souterraines au Canada. Plusieurs entreprises, notamment des équipementiers miniers, pourraient également agrandir leurs installations. «Mais nous attendrons de connaître les modalités de l'aide financière avant de voir quels projets pourront aller de l'avant», dit Luc Berthold.

Une longue bataille

Kathleen Ruff, conseillère senior au Rideau Institute et opposante de longue date à la production de l'amiante, s'est réjouie de l'annonce du gouvernement fédéral. «Il est rare que le gouvernement Harper revienne sur sa décision, dit-elle, mais cette fois-ci la santé publique d'ici et d'ailleurs a prévalu.»

Elle ajoute que le Canada avait été le seul pays à s'opposer en 2001 à l'inclusion de l'amiante sur la liste des produits dangereux établie par la Convention de Rotterdam. «Finalement, le Canada permettra aux pays en voie de développement de connaître les dangers auxquels ils s'exposent en important de l'amiante», dit-elle.

Toutefois, Kathleen Ruff affirme que l'industrie de l'amiante pourrait survivre ailleurs dans le monde, particulièrement en Russie. Celle-ci participera désormais à la convention de Rotterdam et pourrait s'opposer à l'inclusion de l'amiante sur la liste des substances dangereuses. «Beaucoup de gens en Russie font des fortunes avec cette industrie», rappelle-t-elle.

Pour expliquer la volte-face du gouvernement Harper sur la question de l'amiante, Kathleen Ruff cite les pressions internationales. «On sait que le Canada cherche à signer des ententes commerciales avec des pays européens et asiatiques, peut-être que la question de l'amiante était devenue un point d'achoppement.»

Réaction des opposants

Du côté du NPD, le député de Trois-Rivières, Robert Aubin, a été surpris par l’annonce. «On parle d’un changement à 180 degrés, et, à ma connaissance, rien ne le laissait présager.»

Il est néanmoins satisfait de la décision d’Ottawa que le NPD réclamait depuis des années. «L’industrie pourrait bien survivre quelques années, mais à moyen et à long terme, ce n’était pas viable. Alors autant s’atteler à diversifier l’économie immédiatement.»

En revanche, il note l’improvisation en ce qui a trait à l’enveloppe de 50 millions$ destinée aux travailleurs de l’industrie. «Accompagner les travailleurs, oui, mais comment? Quelle est la proposition? Pourquoi 50 millions? Et pour faire quoi? Est-ce suffisant? Quand l’argent sera-t-il disponible? Qui sont les intervenants qui décideront de la manière dont l’argent sera utilisé? On n’a aucun détail du ministre.»

Greepeace Québec s'est également dit soulagé et a dit souhaiter que «l'entreprise de la mine Jeffrey abandonne toute poursuite contre le gouvernement du Québec au-delà des pertes déjà encourues à ce jour dans un esprit de bonne volonté et pour le bien public».

Rappelons que 373 travailleurs sont décédés entre 2007 et 2010 des suites d'une exposition à l'amiante, selon la CSST.

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