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Film anti-islam: crainte d'un regain de tensions dans le monde musulman

14/09/2012 05:46 EDT | Actualisé 14/11/2012 05:12 EST

L'inquiétude régnait vendredi face au risque de fortes tensions dans de nombreux pays musulmans où de nouvelles manifestations contre un film produit aux Etats-Unis dénigrant l'islam sont attendues à l'occasion de la grande prière hebdomadaire.

Au Caire, où l'ambassade américaine est visée par des manifestations depuis mardi, des heurts sporadiques se sont poursuivis dans la matinée avec les forces de l'ordre déployées aux abords de la mission diplomatique.

Le puissant mouvement des Frères musulmans, dont est issu le président égyptien Mohamed Morsi, appelle à des "rassemblements pacifiques" dans tout le pays après la grande prière, en milieu de journée.

A Benghazi, le trafic aérien a été suspendu dans la nuit pour des "raisons de sécurité", après l'attaque menée mardi soir contre le consulat américain dans cette ville de l'Est libyen qui avait coûté la vie à l'ambassadeur Chris Stevens et à trois autres Américains.

En Afghanistan, les autorités afghanes sont le qui-vive et la plupart des ambassades ont pris des mesures de sécurité accrues pour leur personnel et envoyé des messages à leurs ressortissants, les appelant à éviter de sortir.

Le président afghan Hamid Karzaï a reporté une visite en Norvège par crainte de troubles à Kaboul, et les autorités du Pakistan voisin ont dit s'attendre à des manifestations vendredi.

En Jordanie des fondamentalistes salafistes ont annoncé des manifestations devant la chancellerie américaine, qui a fait savoir qu'elle avait "relevé sa sécurité". Les Frères musulmans jordaniens appellent de leur côté, comme leurs homologues égyptiens, à des "défilés pacifiques".

Au Yémen, un groupe qui avait appelé l'an dernier au départ du président Saleh -le Comité d'organisation de la révolte- a demandé à la population de descendre dans la rue pour exprimer sa dévotion envers Mahomet, "prophète de miséricorde et de paix", tourné en dérision dans le film.

Jeudi quatre personnes avaient trouvé la mort dans des manifestations au Yémen, où l'ambassade des Etats-Unis a été attaquée.

En Tunisie, des imams de mosquées ont appelé à un grand rassemblement dans l'après-midi devant l'ambassade des Etats-Unis, située sur les Berges du Lac nord (10 km au nord de Tunis) pour dénoncer le film.

Les forces de l'ordre israéliennes ont annoncé le renforcement de leur dispositif de sécurité dans la Vieille ville et à Jérusalem-Est au cours de la prière du vendredi en raison des "tensions régionales". Des appels à manifester vendredi ont été lancés dans l'enclave palestinienne de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

Des rassemblements contre ce film produit aux Etats-Unis ont aussi eu lieu au cours des derniers jours notamment en Irak, en Iran et à Gaza.

Plusieurs pays musulmans d'Asie ont renforcé la sécurité autour des missions diplomatiques américaines vendredi.

En Indonésie, environ 350 islamistes radicaux ont manifesté à Jakarta contre la "déclaration de guerre" que représente selon eux le film américain.

L'Inde, qui compte une importante minorité musulmane, a placé en alerte ses effectifs déployés autour des bâtiments américains. Le plus haut responsable religieux musulman de l'Etat indien du Cachemire a demandé aux citoyens américains de "quitter immédiatement" la région.

La Maison Blanche a indiqué jeudi qu'elle surveillait de près la situation de ses missions diplomatiques à travers le monde.

Le président Barack Obama a demandé de renforcer la protection des ambassades des Etats-Unis à travers le monde, tandis que le candidat républicain à la Maison blanche, Mitt Romney, affirmait que le monde ainsi que les pays du Proche-Orient avaient "besoin d'un leadership américain".

Les Etats-Unis ont notamment déconseillé à leurs ressortissants de se rendre en Algérie en raison d'un risque accru d'attentats.

Les réactions parfois violentes déclenchées par le long métrage "Innocence of Muslims", dont des extraits sont diffusés sur internet, rappellent la colère qu'avait provoquée la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006 par un journal danois.

Réalisé par un cinéaste qui s'est présenté comme Américano-israélien mais qui selon les médias américains serait de religion chrétienne copte, le film à faible budget et de piètre qualité cinématographique dénigre les musulmans, présentés comme immoraux et brutaux, ainsi que le prophète Mahomet.

L'auteur du film aurait demandé la protection de la police californienne après avoir été identifié par les médias.

Les déclarations se sont multipliées pour fustiger ce film, tout en appelant au calme.

Le président égyptien Mohamed Morsi a condamné jeudi les "atteintes" au prophète Mahomet mais a rejeté la violence. "J'appelle tout le monde à (...) ne pas agresser les ambassades", a lancé M. Morsi.

Le royaume ultraconservateur d'Arabie saoudite a dénoncé un film produit "par un groupe irresponsable", mais aussi "les réactions violentes dans plusieurs pays visant des intérêts américains".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a pour sa part dénoncé un "film haineux", estimant que ses auteurs semblaient avoir "délibérément" cherché à "provoquer une effusion de sang".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a assuré que le gouvernement américain n'avait "absolument rien à voir" avec cette "vidéo écoeurante et condamnable" exhortant les dirigeants politiques et religieux à condamner les violences survenues.

L'Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète, a demandé à YouTube de bloquer la diffusion du film polémique. Le gouvernement afghan a bloqué quant à lui la totalité du site de partage de vidéos, tandis que le Pakistan empêchait l'accès au seul film.

bur-cr/sw

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